Jeudi soir dernier, j'étais assis devant mon téléviseur pour
voir le match de finale de la Confrontation des quatre nations qui opposait
l'équipe canadienne à l'équipe américaine. Je n'ai pas été déçu. Quel match de
hockey ! La toute-puissante équipe américaine a été à la hauteur de son grand
talent alors que l'équipe canadienne a joué un grand match et elle en est
sortie victorieuse, ayant pour complice la dame chance. Du grand hockey comme
nous aimons ce sport au Canada, mais qui a pris une tournure politique comme
bien des sports. Réfléchissions à cela, si vous le voulez bien.
Le sport, outil de
construction nationale
Depuis les temps grecs anciens, le sport a été bien plus
qu'une simple activité physique. Il représente une véritable institution
sociale qui peut jouer un rôle crucial dans la construction et la consolidation
d'une nation. En réunissant des individus autour d'intérêts communs, le sport
favorise l'identité nationale, l'intégration sociale et même la diplomatie
internationale. Bien souvent, le sport est ancré dans la culture d'un pays,
comme le hockey l'est au Canada. Ce sport ne se résume pas seulement à une
activité sportive, mais incarne également l'histoire, les valeurs et les
croyances d'une nation. Comment ne pas noter l'importance de joueurs comme
Maurice Richard et Wayne Gretzky dans l'imaginaire national québécois et
canadien ? Comment ne pas noter la place démesurée qu'occupent les Canadiens de
Montréal dans l'histoire québécoise et canadienne ?
Le sport a la capacité de rassembler des individus de
différentes opinions, comme les souverainistes et les fédéralistes au Canada,
créant un fort sentiment d'appartenance autour de la victoire. Le hockey
devient ainsi un espace de rencontre qui permet aux individus de différentes
classes sociales, ethnies et origines culturelles de se côtoyer dans un cadre
commun. Il en dérive des programmes comme le sport scolaire ou les clubs
sportifs communautaires offerts à tous, y compris aux jeunes des milieux les
plus défavorisés à qui l'on permet de participer et de développer des
compétences sociales. Ce faisant, le sport contribue à réduire les inégalités
et à promouvoir la cohésion sociale.
Le sport, lieu
d'apprentissage de valeur
La pratique d'un sport enseigne des valeurs fondamentales
telles que le fair-play, la discipline, le respect et le travail d'équipe. Ces
valeurs sont essentielles à la construction d'une société soudée et prospère.
En inculquant ces principes dès le plus jeune âge, le sport prépare les
citoyennes et les citoyens à devenir des membres responsables et actifs de la
société. Les athlètes professionnels, en devenant des modèles pour les jeunes,
jouent également un rôle crucial dans la promotion de ces valeurs à une échelle
plus large.
Ainsi, la pratique d'un sport comme le hockey ne se limite
pas à la simple pratique d'une activité physique ; il constitue un espace
privilégié pour l'apprentissage des valeurs citoyennes essentielles. Sportifs,
entraîneurs et bénévoles interagissent dans un cadre où l'esprit d'équipe, le
respect, la solidarité et l'engagement civique sont cultivés. Ces valeurs,
apprises sur le terrain, jouent un rôle crucial dans la formation de citoyens
responsables et impliqués.
L'un des principaux enseignements du sport est l'esprit
d'équipe. Que ce soit dans un sport collectif comme le hockey ou le football ou
un sport individuel pratiqué en équipe comme la nage synchronisée, les athlètes
apprennent à collaborer pour atteindre un objectif commun. Cette expérience
leur enseigne que le succès ne dépend pas d'une seule personne, mais de
l'effort collectif. Cette notion de coopération est essentielle dans la vie
citoyenne. Elle encourage le soutien mutuel et la problématique du « nous »
plutôt que du « je », primordiale pour vivre en société.
Le respect est une autre valeur fondamentale qui est
systématiquement inculquée dans le sport. Les règles du jeu doivent être
respectées pour garantir une compétition juste et équitable. Les athlètes
apprennent à accepter les décisions des arbitres et à respecter leurs
adversaires. Cette attitude de respect ne se limite pas seulement au contexte
sportif, mais s'étend à toutes les sphères de la vie. Une citoyenne ou un
citoyen conscient de l'importance du respect est plus enclin à promouvoir la
paix au sein de sa communauté.
Enfin, le sport comme le hockey favorise également la
solidarité. Les athlètes encouragent leurs coéquipiers dans les moments
difficiles, célèbrent ensemble les victoires et se soutiennent les uns et les
autres dans l'adversité. Ce sens de la solidarité est crucial pour construire
des sociétés inclusives et résilientes. Participer à des activités sportives,
souvent collectives, incite également les individus à s'engager activement dans
des initiatives communautaires, renforçant ainsi le tissu social.
On le lit dans ce texte. Le sport est un véritable
laboratoire de valeurs citoyennes qui façonne des personnes responsables et
engagées. L'esprit d'équipe, le respect des règles et la solidarité sont autant
de leçons qui sont d'une grande pertinence au-delà du terrain de jeu. En
valorisant ces valeurs dans la pratique sportive, nous contribuons à former une
génération prête à relever les défis de la vie civique et à travailler pour le
bien commun.
Chose certaine, on peut affirmer que le président américain
Donald Trump n'a pas été formé par ces valeurs sportives.
Trump et la
Confrontation des 4 nations
Rien n'est plus étranger à Trump que les valeurs de respect,
de solidarité, d'entraide et d'esprit d'équipe d'un sport comme le hockey.
Trump est un artiste du show-business et il fait des vagues avec tout ce qu'il
peut. En ce qui concerne le match opposant son pays au Canada, il a parlé aux
joueurs pour les encourager tout en profitant de l'occasion pour insulter de
nouveau le premier ministre Trudeau et faire preuve de mépris envers le
Canada. Au lendemain de la victoire du Canada, Trump a tardé à reconnaître la
victoire du Canada sur l'équipe américaine et à féliciter le gagnant, toujours
fidèle à lui-même. Il a interprété le résultat selon ses propres règles en
disant que les deux équipes avaient bien joué et que dans les faits chacune a
eu une victoire. Justin Trudeau ne s'est pas gêné pour sa part pour lui
rappeler que l'on ne peut prendre ni notre pays ni notre sport national.
Au-delà de ces turpitudes politiques, force est
d'admettre que les joueurs des deux équipes, la canadienne et l'américaine,
n'ont pas démérité. Ils ont fait honneur à ce sport et ont fait la preuve
qu'ils avaient bien intégré les valeurs sportives apprises pour devenir de
meilleurs citoyens. Il faut bien l'avouer, les équipes étaient presque égales
en talent. Ce qui a fait la différence, c'est que parmi l'équipe américaine, il
n'y a pas de grands joueurs uniques comme Crosby, MacKinnon ou McDavid. Le gardien
improbable Binnington a mieux fait que le meilleur et talentueux Hellebuyck et
le Canada s'est envolé avec la victoire à l'issue d'un match chaudement
disputé. Certains seront peut-être tentés d'y voir la supériorité du hockey
canadien sur le hockey américain. Ce serait une erreur. Au contraire, le
programme de hockey des collèges américains est largement supérieur au
programme canadien qui semble meilleur à masquer les faits pour protéger ses
joueurs fautifs que pour développer des joueurs de hockey. Il est indéniable
que dans le contexte politique actuel, l'on veuille plastronner sur la victoire
canadienne. Ce serait une grave erreur parce qu'après tout, ce n'est que du
hockey sacrebleu !