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Un monde perdu, un monde à venir…


Ce qui devrait être changé c'est la liberté que nous prenons de plus en plus concernant la science. La science a de tous les temps été au banc des accusés, car elle est née dans un monde où tout passait par le prisme du religieux et de la religiosité ou si vous préférez des certitudes métaphysiques liées aux croyances plutôt qu'à l'observation des faits.
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Photo : source photo: Wikipédia; Hannah Arendt
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 1 avril 2020

Dans la condition de l'homme moderne, la philosophe américaine d'origine allemande, Hannah Arendt, écrit que l'humain que nous sommes est devenu ce qu'il est sur une très longue durée. La condition de l'homme moderne remonte aussi loin que dans le développement communal européen des XIe et XIIe siècles.

Néanmoins, tout n'était pas joué, tout n'était pas irréversible à cette époque. Il faut donc comprendre dit Arendt que ce qui change le devenir humain ce n'est pas tant les idées que les événements. Ce sont les événements qui changent le monde (Hannah Arendt, La condition de l'homme moderne, Paris, Calman-Lévy, 1983, p. 307). La question qui se pose est en quoi la crise actuelle de la pandémie du coronavirus changera-t-elle notre monde ? Les paris sont ouverts. Réflexion sur les incertitudes de notre avenir...

La beauté du monde

Ce qui ne changera pas c'est la beauté du monde dans lequel nous vivons. Il ne s'agit que de nous rappeler des images magnifiques des montagnes Rocheuses canadiennes vues du lac Louise, le panorama qu'offre le paysage vallonneux de la Pennsylvanie aux États-Unis, les campagnes françaises, les villages pittoresques de la Toscane ou plus près de nous les magnifiques paysages des régions de Charlevoix et des Cantons de l'Est. Nous vivons dans un monde dans lequel nos sens sont sollicités et qui permet l'émerveillement à chaque instant. Il est vrai que notre capacité à communier avec notre environnement s'est un peu émoussée dans le monde fou dans lequel nous vivons, mais il n'en reste pas moins que si on prend le temps de s'y arrêter, nous habitons une planète magnifique. D'où mon cri du cœur dans ma dernière chronique pour rappeler que la lutte aux changements climatiques demeure un défi que nous devrons relever quoiqu'il puisse arriver avec l'actuelle pandémie. J'opinais même que l'occasion pourrait faire le larron.

La primauté de la science

Ce qui devrait être changé c'est la liberté que nous prenons de plus en plus concernant la science. La science a de tous les temps été au banc des accusés, car elle est née dans un monde où tout passait par le prisme du religieux et de la religiosité ou si vous préférez des certitudes métaphysiques liées aux croyances plutôt qu'à l'observation des faits. Le point déterminant de notre cheminement historique a été la découverte du télescope et de la science qu'elle a inaugurée : l'astronomie. L'invention de cet instrument permettant de dévoiler l'univers avec nos propres sens et d'un petit appareil a fait en sorte que les structures mêmes de la pensée humaine ont été radicalement transformées. Un siècle avant Galilée et Descartes, la découverte du point d'Archimède était le prélude à une formidable révolution scientifique et moderne. (Alexandre Koyré, Du monde clos à l'univers infini, Paris, Gallimard, 1957, 350 p.)

Il y a eu aussi Machiavel qui a réussi à observer la cité politique de son époque en s'en distanciant et en offrant une perspective vraiment nouvelle dans l'histoire de la philosophie et de la politique. (Pierre Manent, Histoire intellectuelle du libéralisme. Dix leçons, Paris, Calmann-Levy, 1987, p. 45 citée par Serge Cantin, La distance et la mémoire. Essai d'interprétation de l'œuvre de Fernand Dumont, Québec, Presses universitaires de Laval, p. 83). Ce sont des événements comme ceux-là qui ont donné la modernité et assuré une primauté à la science comme expert de la conduite des affaires communes.

Ces dernières décennies, on a assisté à une lente érosion de la primauté de la science au profit d'une démocratisation des connaissances et de la relativité ambiante. Tous sont devenus experts et toutes les opinions se valent. D'où la recrudescence des fausses nouvelles, des théories du complot et de toute sorte de sornettes que les réseaux sociaux ont favorisé l'éclosion. Si bien que les mouvements anti-vaccins ont pris de l'ampleur et que même des élus municipaux du Québec prétendent l'incroyable stupidité que la terre n'est pas ronde, mais plate. Espérons que l'actuelle crise de pandémie de coronavirus rétablira la primauté de la science même si nous devons faire preuve d'esprit critique à son égard, car la science n'est pas neutre idéologiquement, mais certains de ses piliers ne sont pas contestables et ne devraient pas l'être. Souhaitons que si l'on a le bonheur de trouver un vaccin contre la COVID-19, des crétins ne se manifestent pas pour s'opposer à sa diffusion.

L'appartenance à une communauté d'origine

Le sociologue Fernand Dumont, l'un des grands penseurs du 20e siècle non seulement au Québec, mais à l'échelle de la planète, a largement consacré sa vie d'intellectuel à une réflexion sur la culture et son lien pour faire société. La question fondamentale que pose son œuvre est le lien entre le particulier et l'universel. Comment retrouver le visage de l'homme universel dans les cultures particulières qui sont leur communauté d'origine ? Quelles sont les infrastructures sous-jacentes qui permettent de comprendre l'unité d'un tout singulier universel et les particularités qui fondent les différences ?

Cette opposition entre la singularité et l'universel est largement responsable du fond du débat sur l'avenir du Québec au sein du Canada. Pierre Elliott Trudeau ne croyait qu'en un être universel dépourvu de racines alors que des penseurs comme Fernand Dumont croyaient plutôt à l'importance de la culture d'origine. Il expliquait cela par ses concepts de culture première et de culture seconde. Plus important, Fernand Dumont postulait que faire société ne peut se faire qu'autour d'une raison commune. Sans idées communes, sans des valeurs partagées, il n'existe pas de corps social et sans lien à une appartenance collective, sans communauté, il ne reste qu'un individu esseulé qui selon la métaphore dumontienne s'assimile à un homme égaré dans la forêt sans boussole.

Tout cela pour dire que l'une des choses qui va le plus changer c'est la croyance aveugle à la mondialisation du monde. Comme le prétendent plusieurs auteurs, la mondialisation va prendre un sérieux recul. On redécouvre les vertus des États nationaux qui sont les principaux outils pour venir en aide aux gens en ces temps de crise. Une crise qui n'a jamais eu d'égale dans l'histoire contemporaine. À une échelle plus près de nous, la bonne performance du gouvernement Legault dans la gestion de cette crise va renforcer le sentiment d'appartenance des Québécoises et Québécois à l'État québécois. En prime, les discours contre l'État et contre les déficits risquent d'avoir moins la cote dans un avenir prévisible. Ce qui pourrait avoir un impact sur la recrudescence du sentiment nationaliste au Québec.

Le monde qui s'achève...

Il faut se rendre à l'évidence. Il y aura un avant et un après à la présente pandémie. Cette crise offre une chance exceptionnelle à l'humanité pour faire une introspection nécessaire et pour rebâtir le monde sur des principes d'égalité, de justice, de juste redistribution des revenus et de protection de la maison, la planète. Je suis peut-être de nature optimiste, mais je crois aux humains et à l'humanité. Je suis convaincu que le monde perdu fera place à un monde à venir...


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