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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

La nécessité du jeu (1re partie)

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François Fouquet Par François Fouquet
Lundi 11 juillet 2022

Parfois, il ne s'agit que d'une photo pour déclencher une cascade d'images. Un photomontage de souvenirs qui prend place dans notre tête. Le cerveau a une impressionnante capacité de tri et prend aussi plaisir à mélanger des images de toutes les époques de nos vies.    

Parmi les photos douloureuses du massacre odieux que les hommes de Poutine font vivre aux Ukrainiens que j'ai pu voir, il y avait celle-ci que je garde en mémoire précieusement. Deux enfants qui ont, je ne sais pas, peut-être 4 ou 5 ans jouent à travers des amas de pierres.

Troublante image.

Ils jouent. Avec à peu près rien, mais ils jouent. Leurs sourires en témoignent.

Ils jouent comme les enfants ont le réflexe de jouer pour déjouer l'inqualifiable. On voit le même phénomène quand il est question de deuil. Parfois, en voyant leur enfant jouer, des parents s'interrogent du fait qu'il semble bien vivre malgré le décès d'une personne significative. On a le devoir de demeurer vigilants, dans ces cas : ce n'est pas qu'ils ne sont pas affectés, c'est que leur mécanisme de défense est différent du nôtre. Plutôt que de se replier dans leur peine, ils cherchent à déjouer le malheur en créant des moments heureux.

Jouer.

Je pense au jeu parce que c'est le temps des vacances. Un concept relativement moderne dont l'objectif est de briser une routine parfois éreintante et très souvent porteuse d'oubli de soi.

L'accès à des vacances, au sens de voyage ou d'activités spéciales, est à géométrie très variable dans toutes les sociétés. Les mieux nantis ont des accès privilégiés, disons-le ainsi.

Ça me rappelle cette chanson de Nestor, quand j'étais pas mal plus jeune : « c't'à Balconville que je passe l'été/C'est peut-être pas l'endroit rêvé, mais on arrive à s'amuser »

Je pense au jeu quand je me remémore ces petits Maliens de 5 ou 6 ans que j'ai croisés au gré de ma route vers Dégnécoro il y a plusieurs années. Ils couraient et riaient, dans leur univers semi-désertique, dépourvus de ces éléments qu'on qualifie d'essentiels chez nous : des jouets!  

Ils jouaient et riaient. Pour l'anecdote, je garde ce souvenir précis de les voir s'arrêter sec dans leur course en me voyant. « Toubabou! », s'est exclamé l'un deux. J'ai appris ensuite que ça désignait un blanc, là-bas.  Visiblement, j'étais le premier blanc qu'ils voyaient en vrai. Ils sont repartis aussitôt, mais en riant différemment. Je me suis dit qu'ils devaient donc trouver que j'étais pâle! Comme une version pas complétée d'un humain, ou je ne sais trop!

Jouer est sain. Nécessaire.

Se réfugier, par le jeu, dans des mondes un peu parallèles, c'est sain. Si c'est un mécanisme de défense dans le cas de certaines situations stressantes ou même traumatisantes, c'est aussi un mécanisme de recharge énergétique essentiel pour des enfants qui sont soumis à un horaire contraignant dès leur entrée en garderie.

Le jeu vient casser le moule pour un moment. Il donne droit à l'invention de situations loufoques ou inconcevables qui peuvent faire grand bien! Il peut transformer un simple vélo en véhicule spatial si on le souhaite! Mon vélo est devenu un cheval très souvent...

Le jeu joue lui-même avec l'imaginaire. Il lui permet de se développer. De nous propulser ailleurs. De rire un bon coup. De dépenser une énergie qui éveillera tout notre corps (et notre esprit!) à la régénérescence.

Il y a plein de façons de jouer. Quand on décide que notre imaginaire peut s'exprimer, une simple marche dehors devient un jeu!

C'est beau le jeu. C'est grand, le jeu. C'est essentiel, le jeu.  

Des fois, je me dis qu'on arrête de jouer quand on se projette un peu trop. J'y reviens la semaine prochaine.

Allez, d'ici là, allez, on joue!

 

Clin d'œil de la semaine

Est-ce qu'on « joue » encore au hockey quand tout est devenu calcul, performance et compétition?


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