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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Choisir ses combats. Combats, dites-vous ?

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François Fouquet Par François Fouquet
Lundi 16 février 2026

L'expression est contemporaine. « Choisis tes combats ». La nouvelle version du lâcher-prise des années 1990/2000.

Choisir ses combats est une bonne idée. Mais pour choisir ses combats, il faut d'abord faire un constat : tout n'est pas un combat.

Cette chronique est un combat contre le fait que tout semble prendre la forme d'un combat dans notre quotidien !

D'abord, allons-y avec une définition simple de ce qu'est un combat : le fait de se battre, avec ou sans arme. Je sais, il y a d'autres définitions et des nuances. Mais je choisis de ne pas faire tant de nuances alors qu'on navigue dans un quotidien qui tend à ne plus en faire.

J'insiste donc sur le fait de se battre.

Je vous propose une scène de vie quotidienne sur une semaine type.

Le réveil sonne. Sébastien ouvre un œil (ça aurait pu être Stéphanie, remarquez, leur vie est maintenant calculée sous la formule une semaine sur deux).

Sébastien fait donc taire l'alarme du matin. Une alarme devenue plus désagréable que l'haleine du même matin! Déjà, il voit des notifications sur l'écran de son téléphone. Il y reviendra, il n'a pas le temps. Mais, déjà, il sent sa tête partir en vrille.

Il faut faire vite. Chaque minute compte. La marmaille installée dans la voiture, il calcule le temps du trajet. Tout à coup, il se met à gueuler dans la voiture, maudissant la ville en travaux, puis, le cave qui a ralenti au lieu de franchir l'intersection au feu jaune et contre le mon'oncle qui persiste à rouler à 52 km/h, alors que, sans policiers autour, Sébas roulerait 70 ! « Comment tu veux qu'on soit efficace si tout le monde nous bloque en route? »  Sébas (Sébastien, c'est moins efficace) a fait de l'efficacité sa marotte au bureau. Il l'applique pour chaque élément de sa vie.

 

Enfin, après avoir attendu 5 minutes avec les enfants dans la voiture, tout ça parce que « l'os...de service de garde pourrait bien ouvrir plus tôt! », il se rend au Tim pour faire la queue au service à l'auto. Il a besoin de son café du Tim pour baisser sa pression déjà trop haute. Contre-intuitif, il me semble, mais bon.

Sébas vient de frapper violemment sur son volant alors qu'il est immobilisé dans la file d'attente. « Maudite bonne femme qui a pas a pas préparé son argent. Pis là, tchèque-la faire le ménage de sa sacoche avant d'avancer ! » Il gueule, mais il est seul à entendre sa voix.  Chaque seconde compte. Puis, il y a eu l'autre, juste après, qui a un échantillon sonore de 3 secondes du klaxon de la voiture de Sébas. « Lâche tes textos pis avance, cr.... » !

J'arrête là. Je m'épargne le reste de sa journée. Juste le fait de la raconter m'épuise !

Mais juste avant d'arrêter, je spécifie un point important : Sébastien aurait très bien pu commettre chacune des situations qu'il reproche haut et fort. Dans ce cas, il aurait pesté contre les gens qui s'impatientent pour rien...

Tout n'est pas un combat

La description qui précède peut avoir toutes les caractéristiques d'une caricature. Pourtant, elle n'est pas si loin du quotidien de bien des gens.

Mais voilà. Tout n'est pas un combat. Et tout n'a pas la même gravité et les mêmes conséquences. Pourtant, on le voit bien avec les cas de rage au volant, on sent que des gens sont prêts à se battre et à blesser une personne qui leur a malencontreusement coupé le chemin.

Qu'est-ce qu'on a tant refoulé en dedans pour que le retard dans une file d'attente du Tim prenne la même proportion émotionnelle qu'un drame humain ?

Si on a un combat à choisir, c'est probablement celui d'apprendre à identifier ce qui en est un!

Il me vient en tête la prière des Alcooliques anonymes. Pour épurer la chose, enlevons la notion de Dieu et faisons d'abord nôtre le combat d'assumer la responsabilité de faire les choses plutôt que de demander à quelqu'un d'autre (Dieu) de le faire pour nous : ayons la sérénité d'accepter les choses qu'on ne peut changer, le courage de changer les choses qu'on peut, et la sagesse d'en connaître la différence ».

C'est peut-être naïf de ma part, mais je crois que le simple fait de ne pas concevoir chaque moment de la vie comme une sorte de combat aura deux conséquences. D'abord, ça brise la perception que toute embûche est dirigée vers nous et qu'il faut se défendre avec vigueur, puis ça aura un effet bénéfique sur notre système nerveux.

Pauvre système nerveux. On le teste tellement qu'il en vient à dormir tendu...

Clin d'œil de la semaine

On peut bien être globalement anxieux! On passe nos journées à faire des combats qu'on ne gagne jamais !


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