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Notre histoire en archives : la prison de la rue Winter


Par William Laguë, stagiaire aux Archives nationales du Québec à Sherbrooke
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Photo : Établissement de détention de Sherbrooke, communément appelé prison Winter, [193 -]. Archives nationales du Québec à Sherbrooke, fonds Studio Boudrias (P21, S6, D300213, P1). Photographe non identifié.
Bibliothèque et Archives nationales du Québec Par Bibliothèque et Archives nationales du Québec
archives.sherbrooke@banq.qc.ca
Mardi 6 juillet 2021

Plus qu'un simple lieu d'enfermement ou de surveillance, la prison évolue au même rythme que la ville. De bâtiment carcéral à monument historique, la prison de la rue Winter, bâtie entre 1865 et 1867, se fond dans le décor urbain sherbrookois. Du premier détenu incarcéré en 1869 à son dernier, en 1990, l'héritage de la prison demeure encore vivant, à travers les images, les archives et les histoires.

Avec l'essor industriel et démographique que connaît la ville de Sherbrooke durant le xixe siècle, le sous-sol du palais de justice ne suffit plus pour héberger les détenus. En 1825, une prison commune est construite à la jonction des rues Montréal, Summer et Williams. Cependant, les conséquences de la révolution industrielle en Estrie sont si importantes que cette prison ne répond plus aux besoins : elle cesse ses activités en 1887 et est démolie en 1889.

Une modernisation s'impose pour répondre adéquatement aux besoins. Ainsi débute la construction de la prison de la rue Winter, qui se fait en deux temps. Lors de la première phase, entre 1865 et 1867, la partie centrale et l'aile gauche de la prison sont construites au coût de 27 022 $. Lors de la deuxième phase, entre 1869 et 1872, le mur d'enceinte (6 200 $) et l'aile droite (12 400 $) de la prison sont érigés.

Présentant une architecture de style palladien (d'inspiration Renaissance italienne), la prison de la rue Winter est le plus vieux bâtiment en pierre de taille à Sherbrooke et le seul édifice au Canada à posséder un mur d'enceinte de prison encore intact. L'architecte Frederick Preston Rubidge a dessiné deux ailes pour la prison - l'une pour les détenus en attente de jugement et l'autre pour ceux purgeant leur peine. Avec des cellules simples (de 2,45 m par 90 cm, d'une hauteur de 2,75 m) et doubles (de 2,45 m par 2,15 m, d'une hauteur de 2,75 m), la prison fonctionne selon le système auburnien, d'inspiration américaine : les détenus, forcés à travailler, vivent en commun le jour et sont isolés dans leurs cellules le soir.

Dès ses premières années en fonction, la prison est lourdement critiquée par les inspecteurs pour son manque de salubrité et son inconfort. En 1872, les prisonniers se plaignent d'être enfumés au dernier étage à cause des problèmes de cheminée. Les toilettes ne sont installées qu'en 1899 et le système de chauffage au poêle à bois n'est remplacé qu'en 1913.

Les conditions ne s'améliorent guère. En 1974, un ex-détenu s'adresse ainsi aux lecteurs de La Tribune : « pour se coucher, on doit le faire à quatre pattes, car les murs touchent le lit des deux côtés [...] si durant la nuit il a à satisfaire un besoin de la nature, il doit se servir d'une chaudière à cet effet, le lendemain c'est la parade des "bucket" ».

Les registres d'écrou de 1882 à 1915 permettent de brosser un portrait des détenus de la prison de la rue Winter. De manière générale, les ouvriers sont le plus souvent arrêtés pour ivresse et envoyés en prison pour avoir troublé la paix. Du côté des femmes incarcérées, la prisonnière type est âgée de 17 à 45 ans, occupe un emploi de domestique, est sans éducation et est arrêtée pour des crimes contre l'ordre public comme l'ivresse, le vagabondage et l'inconduite (le terme prostitution n'apparaît que rarement et semble camouflé sous des termes généraux). Ces deux portraits reflètent le tournant historique de la fin du xixe siècle où les autorités cherchent à épurer la ville en éliminant tout désordre.

L'histoire de la prison de la rue Winter est unique au Canada, tant par son bâtiment que par son histoire, qui compte six pendaisons : William Gray le 10 décembre 1880, William Wallace Blanchard le 12 décembre 1890, Rémi Lamontagne le 19 décembre 1890, Antonio Poliquin le 20 février 1931, Albert Vincent le 15 mai 1931 et, finalement, Pierre Albert St-Pierre le 6 mai 1932. Devant la potence se trouve chaque fois une foule de curieux avides de se retrouver au premier rang. Le 20 février 1931, le journal La Tribune rapporte que « pendant l'exécution [d'Antonio Poliquin], une trentaine de personnes tentèrent de s'aventurer près de la prison, [...] deux ou trois personnes apparurent sur le toit du Manège Militaire du 53e régiment. [...] Après l'exécution, ceux qui n'avaient pu entrer montèrent dans les arbres ou dans les poteaux de télégraphe dans l'espoir de voir quelque chose, mais tout était fini ».

Vous souhaitez en connaître davantage sur cette prison? Consultez le microsite Projet Winter réalisé à l'été 2020 par l'Université de Sherbrooke et le Cégep de Sherbrooke.

 

Sources :

BLANCHARD, Carolyne, « La criminalité féminine dans le district judiciaire de Saint-François (1874-1928) », thèse de maîtrise, Sherbrooke, Université de Sherbrooke, 2003, 132 p.

GAGNON, François, « La population carcérale de l'établissement de détention de Sherbrooke, 1891-1931 », Sherbrooke, Université de Sherbrooke, 2001, 119 p.

Gouvernement du Québec, « Prison Winter », Répertoire du patrimoine culturel du Québec [site Web]. < https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=168494&type=bien > (consulté le 8 mars 2021).

Historiamatica, Projet Winter [site Web], 2020< https://winter.historiamati.ca/ > (consulté le 8 mars 2021).

« Il faut bâtir une prison neuve à Sherbrooke », La Tribune, 31 octobre 1974, [en ligne]. ˂ https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3649598 ˃ (consulté le 8 mars 2021)..

La Société d'histoire de Sherbrooke, Guide historique du Vieux Sherbrooke, 2001, 271 p.

« La prison Winter enfin sauvée », La Tribune, 6 décembre 2019, [en ligne]. https://www.latribune.ca/actualites/la-prison-winter-enfin-sauvee-8d3a08844ead4e4dc1c31481daf121db > (consulté le 8 mars 2021).

« Le projet touristique de la prison Winter de Sherbrooke n'est pas mort », ICI Radio-Canada, 30 août 2019, [en ligne]. < https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1280842/projet-touristique-prison-winter-sherbrooke-destination-sherbrooke-david-lacoste > (consulté le 8 mars 2021).

MERCIER, Michel. « La prison Winter : histoire et architecture », La Tribune, 11 juin 1990, [en ligne]. ˂ https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3725819?docsearchtext=winter ˃ (consulté le 8 mars 2021)..

« Parlement provincial. VI. Travaux et édifices publics », Courrier de Saint-Hyacinthe, 11 mars 1869, [en ligne]. ˂ https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2583353?docsearchtext=mur%20enceinte%20prison%20sherbrooke ˃ (consulté le 8 mars 2021).

« Rémi Lamontagne. Son exécution à Sherbrooke », L'Électeur, 20 décembre 1890, [en ligne]. < https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2516311?docsearchtext=R%C3%A9mi%20Lamontagne > (consulté le 8 mars 2021).

 

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Les Archives nationales du Québec à Sherbrooke sont situées au

225, rue Frontenac, bureau 401

819 820-3010, poste 6330

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