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CHRONIQUEURS / L'Agora
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau

Mercredi, 8 juin 2016

À droite toute!



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Parmi les intellectuels québécois, la droite a mauvaise presse. Il est d'usage pour bien paraître de se dire à gauche et de professer des idées généreuses quant à la protection et à la sauvegarde des plus démunis et des minorités. Ces idées sociales généreuses et cette vision d'un humain plus grand que nature ont généralement bonne presse au Québec.

Discourir sur la droite et la gauche est plus que jamais d'actualité puisqu'une certaine droite semble émerger dans l'ensemble des pays occidentaux. En France, le Front national de Marine Le Pen semble voguer vers des sommets inégalés, en Suisse, en Hongrie, en Allemagne, en Autriche l'extrême droite progresse également. Partout, une droite populiste s'affirme sous la forme du refus de la mondialisation et de la montée de la xénophobie. La plus grande démocratie au monde, les États-Unis d'Amérique, ne semble pas exempt de cette formidable poussée des idées les plus haïssables qui soient, celle du rejet de l'Autre et de la différence. Donald Trump en est un bel exemple avec son discours antimusulman et avec son projet de la construction d'un mur entre le Mexique et les États-Unis. Il apparaît utile de revenir sur ces notions simples de droite et de gauche pour mieux comprendre l'évolution du monde actuel.

La gauche et la droite

Les concepts de gauche et la droite tirent leurs origines des suites de la Révolution française. En 1791, la rivalité des partis présents à l'Assemblée nationale est à son paroxysme sur les suites à donner à la révolution de 1789. À droite du président de l'Assemblée se tiennent les Feuillants, des modérés qui aspirent à mettre un terme à la révolution. À gauche du président les Girondins et les Jacobins qui souhaitent plutôt accentuer les bouleversements politiques et sociaux. Enfin au centre se tient le Marais, qui vote au grès des circonstances. Voilà l'origine de ces expressions de droite et de gauche.

Par la suite, ces concepts ont évolué pour assimiler la droite à la tradition, aux droits individuels, à l'entreprise privée tous azimuts et à un État policé qui maintient la loi et l'ordre. La gauche pour sa part revêt plutôt les habits de l'égalité et du changement, de la modernité, des droits individuels et collectifs, d'une économie planifiée et d'un accueil généreux des différences. Bien entendu, tant la gauche que la droite sont plurielles. Il n'y a pas une droite ni une gauche, mais plutôt des droites et des gauches. Cette vision plurielle du monde fait en sorte que le « gauchiste » Barack Obama pour plusieurs républicains américains défend des positions plus à droite que « l'homme fort de la droite canadienne » que fut Stephen Harper. Se dire de droite ou de gauche sans expliciter nos positions c'est ne rien dire en fait.

La montée de l'intolérance

C'est pourquoi s'il est indéniable que de nombreux pays d'Europe occidental assistent présentement à la montée d'un discours de droite sinon d'extrême droite et que nos voisins américains donnent dans le même jeu, il faut prendre la peine de bien identifier la nature de ce mouvement. Avant de qualifier ces phénomènes de montée de la droite, ce qui d'évidence est tout à fait approprié, il faut néanmoins s'interroger sur la nature profonde ce cet engouement de nombreux Européens et Américains pour ce discours qui rappelle malheureusement les pires moments de l'histoire de l'humanité vécus au 20e siècle avec la montée du fascisme et du nazisme. Au fond, ce dont il est question aujourd'hui, c'est de la montée de l'intolérance et du refus de s'ouvrir aux autres. Le discours populiste contre les immigrants, les musulmans et contre la mondialisation se nourrit des préjugés que nous avons tous contre la différence et des excès du néo-libéralisme qui a pratiqué la politique de la terre brûlée. La perte de confiance dans les institutions et dans les personnalités politiques contribue aussi à la montée de ce radicalisme populiste qui met en péril l'avenir de l'humanité.

Rétrécissement de l'espace démocratique

À mon avis, ce qui facilite le plus la montée de la droite en Europe et aux États-Unis c'est le déni et une forme de relativisme ambiant qui donne l'impression que nous avons baissé les bras devant des phénomènes comme l'islamisme radical ou encore la négation des droits fondamentaux ou le tout à l'économie. Nous devons refuser d'abandonner par une attitude de déni et de relativisme, le terrain des valeurs démocratiques. Comme société démocratique, nous préparons notre propre tombe et favorisons l'avènement des populistes qui jouent sur les peurs et trouvent des réponses simples à des problèmes complexes. L'espace démocratique finira par se rétrécir de plus en plus en laissant la place à l'affrontement entre l'extrême droite xénophobe et l'intégrisme islamiste.

Il faut prendre la pleine mesure de ces phénomènes chez nous au Québec et au Canada. Nous ne devons pas par exemple renoncer à interdire la burka selon des modalités à définir. Je veux bien respecter les religions, toutes les religions, mais est-ce acceptable pour nous de nous promener le visage voilé en société sans que l'on puisse nous identifier? La réponse est non. Porter une cagoule qui cache notre identité crée un malaise. Alors, pourquoi ne pas l'interdire? Voilà un exemple, mais il y en aurait bien d'autres. Ce refus de trancher contribue aussi au rétrécissement de notre espace démocratique et contribue à la montée du radicalisme de droite.

Respecter la droite

Lorsque je militais au Parti libéral du Québec, mon ami John Parisella m'identifiait à un nationaliste de gauche dans le Parti libéral de l'époque. Il n'avait pas tort. Ceux qui me lisent dans EstriePlus auront vite noté que je suis plutôt social-démocrate et fédéraliste. Ce qui ne m'empêche pas aujourd'hui de lancer un appel à des débats plus accueillants avec la droite québécoise et canadienne. Ces gens de droite ont quelque chose à nous apporter notamment en ce qui concerne le dossier de l'identité québécoise.

Dans un livre récent, Philippe Labrecque, un politologue de formation et analyste en développement des affaires nous propose quatorze entretiens pour mieux comprendre le conservatisme. Il y a là matière à réflexion. Labrecque définit le conservatisme comme suit : « une sensibilité pragmatique, contre-révolutionnaire et respectueuse d'une nature humaine considérée comme permanente, mais aussi des responsabilités qui les accompagnent dans le devoir de préserver la communauté. » (Philippe Labrecque, Comprendre le conservatisme en quatorze entretiens, Montréal, Liber, 2016, p. 10)

Labrecque poursuit en écrivant :

« Paradoxalement, être conservateur de nos jours est souvent un acte d'anticonformisme, en ce que c'est là être en rébellion contre l'idéologie dominante dans l'espace public comme au sein des cercles d'influence. À l'inverse du modernisme, qui se laisse mener, avec sa propre approbation, par une logique tyrannique du changement, d'une soi-disant recherche de l'amélioration sans limites et d'un désir constant du dépassement, le conservatisme réconcilie avec le passé et permet d'apprécier les bénéfices du présent et de la stabilité fragile de l'ordre civil. Il nous rétablit surtout en tant que maître du "changement", qui n'est donc ni inévitable ni toujours souhaitable, mais toujours le résultat de l'action humaine. Il nous rend notre responsabilité. » (Philippe Labrecque, loc. cit.)

Contrer la montée de la droite chez nous...

Des paroles pleines de sens qui devraient faire réfléchir tous les penseurs progressistes d'ici. Permettre la négation de nos valeurs en refusant d'interdire la burka dans notre espace public et refuser de reconnaître que le passé canadien-français a une signification dans la reconnaissance du Québec comme société distincte au nom de grands principes généreux de gauche m'apparaît comme une contribution significative des intellectuels d'ici au cancer de la montée d'un discours populiste radical de droite voire d'extrême droite. Ne pas en prendre conscience c'est comme de donner l'ordre : À droite toute!

Lectures recommandées :
LABELLE, Gilles, Éric Martin et Stéphane Vibert, Les racines de la liberté. Réflexions à partir de l'anarchisme tory, Montréal, Éditions Nota Bene, 2014, 399p.
Philippe Labrecque, Comprendre le conservatisme en quatorze entretiens, Montréal, Liber, 2016, 202 p.


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