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CHRONIQUEURS / L'Agora
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau

Mercredi, 26 mars 2014

Voter autrement!



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Je suis passionné par la politique contrairement à bien des gens. Pendant très longtemps, la politique a été ma vie. Aujourd'hui, j'ai pris du recul, mais je suis encore passionné même si je ne suis plus impliqué de façon partisane. Je me contente de commenter ici et ailleurs.

Néanmoins, après toutes ces années, une chose semble indiscutable et se dégage de tous les débats. C'est l'éléphant dans la pièce. Il faudrait revoir notre mode de scrutin. Ces dernières années, on a beaucoup dit qu'il fallait gouverner autrement pour nous dire ce que nous voulions entendre, mais sans mettre de l'avant la vraie solution pour gouverner autrement soit mettre en place une réforme en profondeur de nos structures démocratiques et de nos institutions et un nouveau mode de scrutin de type proportionnel. Voyons pourquoi...

La fin de la culture des élites

Cette semaine, j'ai lu l'ouvrage d'Alain Lavigne publié il y a quelques semaines chez Septentrion qui s'intitule : Jean Lesage, Le chef télégénique. Le marketing politique de l'équipe du tonnerre. Quand on prend connaissance du contenu de ce livre, on comprend rapidement qu'il existe à cette époque une forte culture des élites que l'on doit mobiliser pour donner une direction au développement du Québec. Aujourd'hui, plus personne ne croit à l'importance des élites comme impulsion première de changement social. On s'en méfie plutôt. Nous en sommes plus à la mobilisation des forces vives de la société.

Nous sommes passés d'une société où l'on privilégiait la culture des élites qui s'appuyait sur la démocratie représentative à une culture numérique qui s'appuie sur la démocratie participative. Les gens sont plus éduqués, plus intéressés, malgré les apparences, à participer aux décisions qui les concernent plutôt que d'en être les simples spectateurs. Ce n'est pas étranger à la révolution numérique me direz-vous et vous aurez raison. Aujourd'hui, avec la propagation du numérique, des appareils mobiles et des réseaux sociaux, les gens sont des acteurs et non plus des spectateurs. Il faut adapter nos institutions et nos pratiques démocratiques à cette nouvelle réalité.

L'autorité, figure peu populaire

Cette transformation profonde de nos façons de voir et de nous exprimer en société touche en tout premier lieu notre relation avec la figure d'autorité. Aujourd'hui, il ne suffit plus d'être en autorité pour imposer nos points de vue. Être un expert, un spécialiste ou un dirigeant n'est plus suffisant pour faire triompher un point de vue, un dossier ou des arguments. Aujourd'hui, on attend d'un leader qu'il soit un animateur de points de vue divergents et un être capable de faire émerger des consensus aussi fragiles qu'évanescents. C'est pourquoi il est si difficile de nos jours de diriger le Québec ou toute autre démocratie. Il est urgent que l'on tienne compte de ces transformations profondes et irréversibles et que cela se traduise dans nos façons de débattre et de discuter collectivement. Nous devons réussir à faire converger passé et avenir en revoyant nos institutions démocratiques afin que l'on puisse créer un modèle ou démocratie représentative et démocratie participative trouveront un nouveau point d'équilibre. Il en va de l'avenir de notre capacité de vivre en démocratie.

Quelques pistes de réflexion

Je n'ai pas de solutions toutes faites. C'est un enjeu complexe et qui nécessite une réflexion de toutes les forces vives de notre société. C'est quant à moi une tâche beaucoup plus urgente que de faire un autre référendum sur la question de l'avenir du Québec. C'est d'ailleurs à partir de cette révision en profondeur de nos institutions démocratiques que tout deviendra possible.

S'investir en politique...

La collusion et la corruption que tous dénoncent sont le symptôme de notre désintérêt de la chose publique. Quand on refuse de s'occuper de nos affaires, des forces occultes s'en occupent à leur propre profit. C'est la plus grande leçon que nous devrions retenir de ce que nous avons entendu à la commission Charbonneau. Tout est lié. Quand on est plus nombreux à s'occuper de nos affaires, à s'investir en politique, les différents partis peuvent compter sur plus de bénévoles et ils ont alors moins besoin d'argent de payer pour des travailleurs d'élection. Ils ont donc moins besoin de généreux bienfaiteurs qui ne sont pas toujours désintéressés.

Scrutin proportionnel

Il est évident aussi que l'introduction d'une forme de proportionnalité dans notre système électoral serait plus que bienvenue. Cela permettrait à toutes les mouvances idéologiques d'être représentée à notre assemblée nationale. Ainsi, les jeunes progressistes souverainistes qui militent pour Québec Solidaire comme mon propre fils ou d'autres à Option nationale pourraient voir un certain nombre de représentants de cette mouvance se faire élire et participer activement à notre vie démocratique. Nous devrions être ouverts à cette idée, car la présence à l'Assemblée nationale de Françoise David et d'Amir Khadir a enrichi notre vie démocratique. Il faudrait constitutionnaliser dans nos lois leur présence en quelque sorte par la réforme du mode de scrutin.

Nouvelle culture politique

Réformer notre mode de scrutin, trouver un nouveau point d'équilibre entre la démocratie représentative et la démocratie participative donnerait un nouvel élan à notre vie démocratique. Cela permettrait l'émergence d'une nouvelle culture politique où il serait possible d'imaginer des alliances des différents partis à l'Assemblée nationale autour de politiques et d'objectifs communs et mettrait fin à ces discours insignifiants sur le vote stratégique, le vote utile ou la division du vote. Un vote pour ses convictions est un vote important. Un vote stratégique est un déni de nos valeurs et encourage le cynisme en politique. Il faut rompre avec cela. On doit créer les conditions gagnantes pour voter autrement... Qui osera avoir ce courage?


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