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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau

Mercredi, 12 avril 2017

La Guerre, ça fait mal aux enfants



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Contrairement à ce que disait l’un des jeunes comédiens du film culte d’André Melançon, La guerre des tuques : « la guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal », la guerre c’est toujours une horreur et ça fait toujours très mal. Ça fait surtout mal aux enfants.

Qui peut oublier la photo de ce jeune bambin mort noyé sur la plage. L'enfant, vêtu d'un t-shirt rouge et d'un short bleu, gisant le visage contre le sable de Bodrum, l'une des plages les plus fréquentées de Turquie.

Ce gamin s'appelait Aylan Kurdi, un garçon de trois ans, dont le frère aîné qui venait de Kobani a également trouvé la mort dans le naufrage. Cette photo a été au cœur de la campagne électorale fédérale et a constitué la toile d'arrière-fond de la justification de l'engagement du premier ministre actuel Justin Trudeau d'accueillir 25 000 réfugiés syriens. Cela constituait un discours nettement en rupture avec les faits et gestes du gouvernement de Stephen Harper.

La semaine dernière, la photo d'enfants morts dans les bras de leur père a aussi fait le tour de la planète. Une photo, que dis-je une émotion si forte, que l'imprévisible président américain, Donald Trump, contrairement à tous ses discours précédents, a choisi de punir la Syrie, par la frappe ciblée d'un aéroport stratégique.

Trump a clairement signifié au régime de Bachar el-Assad que les États-Unis n'allaient pas tolérer l'utilisation d'armes chimiques contre la population syrienne. Trump a reçu l'appui de ses principaux alliés de l'OTAN alors que la Russie de Poutine a dénoncé son geste. Le monde à l'envers. Réflexions libres sur la guerre, le Canada et les États-Unis.

Étrangers à la guerre

Le rapport du Québec et du Canada à la guerre est pour le moins complexe. Les Québécois et les Canadiens sont profondément des pacifistes et opposés aux guerres.

Notre histoire commune, eh oui nous en avons une, n'en déplaise au réalisateur du mauvais documentaire The Story of US diffusé sur les ondes de la CBC, est ponctuée de rapports troubles avec la guerre. À commencer par la conquête de 1760 où la bataille sur les plaines d'Abraham n'en fut pas une. Sous le régime français, notre guerre avec les autochtones faisait plus figure d'escarmouches continuelles et laissait place à des massacres atroces.

La guerre de 1812 contre les Américains était une guerre qui nous était étrangère même si nous avons repoussé les Américains au nom de la couronne britannique. Plus tard en 1837-1838, la guerre de rébellions a plutôt été un événement de justice punitive de la couronne britannique contre des citoyens réclamant la démocratie. Au 20e siècle, la participation du Canada à des guerres de l'Empire britannique a toujours divisé la population canadienne.

Pensons à l'émeute de Québec en 1918, à la crise de la conscription en 1942, à notre timidité à participer à la guerre de la Corée dans les années 1950. Dans les années 1960, la jeunesse québécoise et canadienne s'opposait à la guerre du Vietnam de nos voisins américains. Le refus du gouvernement Chrétien de participer à l'invasion de l'Irak par les États-Unis de Georges W. Bush marque encore les esprits.

Bref, notre rapport à la guerre est plutôt complexe. Qui plus est, le Québec et le Canada ne sont pas très pourvus en matière militaire. Ce n'est pas que nous n'ayons pas parmi nous d'excellents généraux ou des soldats émérites, mais la faiblesse des moyens mis à la disposition de notre armée et le peu d'empathie de la population canadienne à l'endroit de toutes les guerres expliquent que nous ne soyons pas un modèle militaire pour la planète. Nous sommes plutôt des pacifistes.

L'horreur de la guerre

Pacifistes si l'on veut, mais responsables aussi de l'inaction de nos gouvernements. Ce n'est pas d'hier que des régimes comme celui de Bachar el-Assad commettent des atrocités contre des populations civiles. Le continent africain est régulièrement soumis à ces exactions. Le génocide rwandais devrait nous rappeler des souvenirs. Nous étions demeurés, nous Canadiens, impassibles devant ces meurtres atroces des Tutsis par les Hutus au grand dam du courageux général Roméo Dallaire, alors commandant des forces de l'OTAN, mais réduit à l'impuissance par des politiques étrangères de pays s'inspirant de Ponce Pilate.

Aujourd'hui encore, la Syrie est un théâtre d'opération de guerre et de diplomatie où à l'image des trois singes chinois, nous sommes sourds, muets et aveugles devant le massacre des opposants au régime de Bachar el-Assad. Cela crée des mouvements de population sans précédent et cause de la congestion aux frontières de nombreux pays. Les mouvements de population plongent ces pays dans une crise existentielle eut égard aux immigrants et à notre rapport à la religion islamiste, à cause des actions des terroristes en Syrie et partout dans le monde.

La guerre, c'est l'horreur. Convenons-en! Ce qu'il y a encore de plus horrible c'est l'impuissance crasse qui nous habite et qui permet de voir les résultats de notre inaction en voyant des photos d'atrocités qu'est le meurtre de jeunes enfants, de femmes et d'hommes innocents.

Trump l'imprévisible

C'est pourquoi nous devons nous réjouir de la décision du président américain Donald Trump d'avoir ordonné la frappe d'un aéroport pour faire savoir au régime de Bachar el-Assad que l'utilisation des armes chimiques contre des populations civiles est inacceptable et ne restera pas impunie. Il est vraiment temps que toutes les forces de la liberté sur cette planète fassent cause commune pour nous débarrasser d'un tueur sanguinaire comme Bachar el-Assad. Cet homme doit être arrêté par une force internationale et traduit en justice avec ses complices pour répondre de ses crimes.

Le Canada de Justin Trudeau doit être une voix privilégiée pour convaincre notre allié et voisin américain de se faire le leader d'une telle action afin de redonner aux Syriens leur pays exempt des atrocités de Bachar el-Assad. Ce n'est pas simple. Le souvenir de l'Irak et de la Libye montre bien les limites des interventions militaires étrangères. Nous devrions cependant trouver une solution si l'on veut vraiment mettre fin à ces atrocités. C'est notre responsabilité à tous.

Contrairement à ce que disait l'un des jeunes comédiens du film culte d'André Melançon, La guerre des tuques : « la guerre, la guerre, c'est pas une raison pour se faire mal », la guerre c'est toujours une horreur et ça fait toujours très mal. Ça fait surtout mal aux enfants...

 


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