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CHRONIQUEURS /
Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 2 avril 2018

Madame, monsieur, bonsoir…



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Pour moi, l’utilisation de monsieur et madame tient de la politesse. Pas de ma volonté d’identifier l’orientation sexuelle de quelqu’un. - François Fouquet

« Madame, monsieur, bonsoir... »

Claude Charron débutait ainsi l'émission qui portait son nom.

C'était avant.

Maintenant, c'est autre chose.

La polémique est revenue nous hanter il y a quelques jours. Une directive aux employés de Service Canada a fait sursauter : comme il est souvent difficile de savoir si la personne au bout de la ligne est un monsieur, une madame, ou une personne qui se considère sans genre, l'idée était d'interpeller les gens par leur nom directement.

Plus tard, après un caucus ministériel, les nuances arrivaient : dorénavant, dans le doute, on demandera à la personne si elle souhaite se faire appeler madame ou monsieur.

Bien que plus logique, le questionnement reste entier. Et le sarcasme s'invite dans le débat. Franchement, il n'est pas si facile de se faire une tête là-dessus.

Pour moi, l'utilisation de monsieur et madame tient de la politesse. Pas de ma volonté d'identifier l'orientation sexuelle de quelqu'un. L'appellation vient mettre une distance saine entre mon interlocuteur et moi-même. Ce n'est pas du respect, le respect implique plus que cela. Mais c'est du civisme, je dirais.

Il faut dire au passage qu'on en a perdu dans les dernières années en matière de politesse. Dans les commerces, quand une jeune personne s'adresse à moi en me demandant « on peut-tu t'aider (prononcer t'ailleder! », je dois avouer un désarroi.

Ce que je comprends, c'est que le tissu même de notre société se retisse en intégrant de nouveaux fils. Des fils d'une couleur et d'une texture différentes. Des fils qui ont autant le droit de faire partie du tissu que tous les autres fils. Mais quand ces fils-là s'entrecroisent, qu'ils se touchent, se parlent, interagissent, là, c'est moins simple.

Et notre premier réflexe est, et demeure, de chercher le compromis immédiat qui évitera la chicane. On est des chiâleux, au Québec, mais pas chicaniers.

Ajoutons à notre tissu social que, maintenant, chaque fil a un droit. Une liberté. Le concept est tellement fort qu'on en oublie souvent qu'il est aussi de la responsabilité de tous de nous assurer que le tissu forme un quelque chose de plus grand que chacun de nous.

Tantôt, la fête des Mères et la fête des Pères seront remplacées par la fête de l'Autorité parentale (partie 1 au mois de mai et partie 2 au mois de juin). Mais au lendemain de l'annonce, les protestations fuseront : plusieurs familles sont monoparentales. Pourquoi ne pas respecter cet état des choses et ne faire qu'une seule date pour la fête de l'Autorité parentale ? Quelques manifestations plus tard, on abolira la fête. Plus simple ainsi.

Mon exemple est boiteux et bourré de mauvaise foi. Et, en plus, ce sont deux fêtes très commercialisées. Peut-être devraient-elles disparaître, me direz-vous.

Mais un fait demeure : tenter de réunir tout le monde dans un même contenant n'est pas simple.

Et, au risque de me faire des ennemis, j'ajouterais ceci : il n'y a rien de plus efficace que d'afficher son statut de victime. Quand j'entends une personne transgenre dire haut et fort que quand on l'appelle Monsieur alors que c'est Madame, elle se sent littéralement ostracisée, je me dis qu'on est devant une crise de « victimite » bien orchestrée. Plus le choix des mots est fort (ostracisé, c'est quand même le retrait d'une personne d'une société, la perte de tous ces droits, etc.), plus le peuple québécois mettra un genou à terre et multipliera les courbettes pour régler l'affaire.

Le problème, c'est que la solution n'est pas réfléchie et rationnelle. Elle est émotive et basée sur le fait qu'on ne veut pas de chicane. Tout est toujours à refaire.

Ce n'est pas facile de bâtir des ponts. De fabriquer un tissu solide à partir de fils complètement dissemblables. Mais une chose est sûre : pour obtenir du respect, il faut d'abord en démontrer. Ça, c'est demandant!

À vous, bonne semaine!

Note : mon vous est inclusif, il est là pour signifier le pluriel. Il ne se veut pas une formule hautaine ou rétrograde, il veut juste signifier que, tous genres, couleurs, saveurs confondus, je vous souhaite une bonne semaine. Et même si couleurs et saveurs sont des mots féminins, le genre masculin l'emporte en grammaire. Pour l'instant. Mais ça pourrait changer. Désolé... Ouf...

Clin d'œil de la semaine

« Qui est cette personne? »

« Ah! Elle, c'est Chose, là, je ne me souviens plus de son nom... »


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