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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

« J’ai pris ça su Sears ! »

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Photo : Je n’ai pas été surpris d’apprendre la fermeture de Sears. Le commerce au détail subit, encore une fois, une redéfinition assez solide.
François Fouquet Par François Fouquet
Lundi 16 octobre 2017

Un titre clin d'œil, j'en conviens. D'ailleurs, à l'oral, ça aurait donné : j'ai pris ça su Cyr. Pas de « s » qui se prononce « z » à la fin.

Je me souviens très bien de l'arrivée en sol sherbrookois de cette grande marque du commerce au détail. Imaginez! Sears d'un bord, Eaton de l'autre. Pascal ente les deux! C'était au début des années 1970 et on se disait, à ce moment-là, que Sherbrooke arrivait sur la carte ! Wow, un immense centre d'achats en plein champ! À cette époque, l'activité citadine s'arrêtait pas mal avec la rue Wilson.

« Depuis qu'y ont construit le centre d'achats », disaient les Colocs, les choses ont changé. Le pôle commercial du centre-ville a presque complètement cédé sa place à ce nouveau géant commercial. Quand j'étais ado, le rendez-vous de rencontre se faisait soit aux Castors (équipe de hockey junior dans le temps) ou au Carrefour.

Mais revenons à Sears.

Je n'ai pas été surpris d'apprendre la fermeture de Sears. Le commerce au détail subit, encore une fois, une redéfinition assez solide...

Mais j'ai été touché d'entendre les gens en parler. Cette dame, entre autres. Elle disait à la journaliste, l'oeil triste : « Ben, les prix étaient bons... Pis, ben... ça va faire bizarre... » En soi, la citation est plutôt vide et convenue. Pourtant. Il y avait beaucoup entre les mots (à défaut d'être entre les lignes!)

J'entendais que Sears était devenu un repère commercial pour elle. Elle y a acheté sa première poussette. La couchette venait de là aussi. Et ses vêtements de maternité. Et tant d'autres trucs de la vie quotidienne. En plus, elle savait que quand quelque chose n'allait pas, ils allaient répondre présent. Même que des gens exagéraient : le magasin allait jusqu'à reprendre, par exemple, un taille-haie qui ne faisait pas tout à fait l'affaire...une fois la haie coupée. Je crois bien que le magasin faisait le pari d'être conciliant, se disant que ça fidéliserait les clients.

Quand la dame dit « ça va faire bizarre », j'entends beaucoup plus. C'est chez Sears qu'elle a acheté le complet de noces de son mari, la chaîne en or pour son anniversaire. Avec lui, elle y a acheté la tondeuse et le divan. Elle y a habillé ses enfants à bon prix pendant des années pendant que son mari profitait de rabais parfois spectaculaires sur les outils.

Et ça ratisse encore plus large! C'est là qu'elle a connu celui qui allait devenir son mari. Elle était étudiante et travaillait à temps partiel aux cosmétiques et lui, au centre auto Sears. Il préférait visiblement l'odeur des pneus neufs à celle des gommes à effacer de l'école! Il fallait voir les pirouettes qu'elle faisait pour croiser son « futur » au restaurant cafétéria de Sears! Au fil des années, elle en a vu des couples se faire et se défaire parmi les membres du personnel! Comme son amie Josée qui a quitté son homme pour partir avec le gérant des meubles... Tout ça est inventé, ne cherchez pas de liens précis, mais Sears, c'était un milieu de vie en soi! Amours et amitiés comprises!

« Ça va faire bizarre... » Il y avait beaucoup dans cette phrase de la dame aujourd'hui à la retraite. Un commerce de détail comme Sears, c'était, pour une ville, un peu l'équivalent du magasin général des villages. On y rencontrait toujours quelqu'un.

Et le catalogue. Ah! Le catalogue. Celui qui m'a mis en contact avec les brassières et maillots de bain féminins... Mais je dérape, désolé. Le catalogue, donc, a permis à bien des gens de rêver et de commander, même s'ils étaient loin, des items qui étaient livrés au comptoir Sears de leur village.

Je pourrais continuer longtemps.

Mon point dans tout ça n'est pas la nostalgie. C'est plutôt le fait qu'une entreprise joue un rôle parfois plus large que sa vocation première. Une entreprise marque sa communauté. Elle devient une sorte de citoyen, de voisin.

Et quand ça ferme, bien, ça fait bizarre.

Mais bon. Les temps changent. Les habitudes aussi.

Je me demande quand même si on peut trouver la même chaleur, le même attachement, en magasinant en ligne, désespérément à la recherche du meilleur deal, en solitaire, dans le confort de son foyer...

Clin d'œil de la semaine

Les jours Sears... sont passés...


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