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  CHRONIQUEURS / Être LGBTQ+ en Estrie

Mon nom est lesbienne, mais vous pouvez m’appeler Sarah


Je me sens aussi souvent déshumanisée par certaines personnes qui me voient comme la militante, pas comme la personne.
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Photo : crédit photo: Pixabay
Sarah Beaudoin Par Sarah Beaudoin
Lundi 10 juin 2019

S'afficher publiquement comme personne LGBTQ+ a ses grands avantages et ses failles. Encore à ce jour, je n'ai aucune idée si j'ai fait le bon choix en m'affichant. Je suis confiante que ça me permettra de faire des changements de société nécessaires. D'un autre côté, pour moi, ma personne et mon bien-être, je dois avouer douter quelques fois de ma décision.

Mise en contexte (sortez les violons!) : Je viens d'une famille libérale et conservatrice. Ce sont de très bonnes personnes, mais aucunement sur le même spectre politique que moi. Mon implication a donc démarré au cégep, dans des comités étudiants. Entre le cégep et l'université, on m'a diagnostiqué plusieurs tumeurs bénignes au niveau de la tête, mais je n'ai su la partie « bénigne » que quelques années après le diagnostic initial. Ça a été la plus grande période d'introspection de toute ma vie. Cette expérience m'a tellement sortie de mon confort habituel et montré mon potentiel et ma force intérieure que j'ai décidé que je deviendrais militante pour le reste de ma vie. Je me suis alors lancée en communications et j'ai continué mes implications militantes. Dans la foulée, j'ai réalisé que j'étais lesbienne et, tout particulièrement pour pouvoir contribuer aux changements sociétaux en lien avec les communautés LGBTQ+, j'ai fait mon coming out sous forme d'article dans un journal communautaire.

J'aimerais vous dire que je suis le stéréotype tout craché d'une joyeuse femme queer depuis ce coming out et que je ne fais que voir des papillons et gambader sur des arcs-en-ciel, mais ce n'est pas le cas. Ces derniers temps, je me trouve paranoïaque. En publicisant la plupart de mes accomplissements, j'ai comme ce sentiment de jugement constant, celui de se faire regarder par-dessus ses épaules, constamment. Je suis transparente et sincère dans mon implication militante. Transparente semble positif. Ça dépend toujours qui te vois dans cette transparence. Certain.es «allié.es» peuvent utiliser cette transparence pour s'incruster dans ta vie et essayer de te rendre malheureuse. Ces «allié.es» sont souvent simplement en train de souffrir et de se déprécier, sentiment qu'ils ou elles projettent ensuite sur toi. Je me sens aussi souvent déshumanisée par certaines personnes qui me voient comme la militante, pas comme la personne. Mon rôle de lesbienne, c'est d'informer les gens, pas de pleurer sur mes propres événements de vie. Je n'ai pas le droit d'arrêter pour broyer du noir, prendre une pause, j'ai une responsabilité, me dit-on. Mon rôle comme femme queer c'est d'être parfaitement définie. Voyons donc toi, te définir comme femme queer, c'est tu encore une autre niaiserie pour sortir du lot ? Maudit que ce serait plus facile si je pouvais juste fermer ma gueule, mettre une robe et croiser mes jambes. De tels commentaires, reçus assez couramment, par des personnes qui me connaissent ou non, déshumanisent assez facilement.

Ces pratiques sont beaucoup trop courantes auprès de personnes militantes. Elles sont tout particulièrement insistantes chez les personnes de diversité sexuelle et de genres et/ou racisées, puisque ces personnes sont socialement objectivées depuis des années. Bien que les nouvelles technologies puissent être utilisées à bon escient, plusieurs individus choisissent de l'utiliser négativement en essayant de détruire un autre individu. C'est rapide, facile et tu n'a pas l'impression de t'adresser à un.e humain.e alors tu as le loisir d'être aussi acerbe que désiré. Bien que nombreux et souvent déclencheur de remises en question, ces obstacles ont formé la personnalité que j'ai présentement et ont contribué grandement à ma résilience. Le militantisme étant une de mes passions, je ne voudrais jamais arrêter de militer.

La beauté de ces implications c'est le fait que malgré les obstacles, des militant.es continuent d'en mettre sur pied et de persévérer pour qu'il y ait un changement de société qui s'opère. Ma relation avec le militantisme queer est imparfaite et changeante, mais je ne la changerais pour rien au monde. Et, lorsque le doute me prend, je ferme les yeux et pense à la dame pour qui l'une de mes conférences lui a fait avouer sa propre orientation sexuelle, aux merveilleuses personnes dont j'ai croisé le chemin à travers toutes ces implications et tout ce que j'ai retiré de nos entretiens, ou encore, au jour où j'ai décidé de faire mon coming out publiquement et que je n'ai pu arrêter de sourire du reste de la journée. Ces journées, dans la tourmente et la tempête, font en sorte que je n'ai même pas envie de flancher.

Un message de solidarité aux personnes LGBTQ+ voulant faire un changement de société et se sentant seules. Vous n'êtes pas seules, nos communautés ne font que grandir et prendre de la force. Nous y arriverons en un seul morceau.


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