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CHRONIQUEURS /
Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 13 janvier 2020

Les épais sont partout!


Je continue de cultiver cette curiosité par rapport aux réactions des gens sur les médias sociaux. Le clavier étant un fabuleux générateur de courage, il me semble que le mot épais, même s'il n'apparaît pas clairement partout, sous-tend plein de statuts spectaculaires.

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crédit photo: Pixabay

Avant de vous parler des épais, je vous suggère une mise en situation.

J'aime beaucoup les couleurs, les tonalités et les nuances de notre langue. Je conviens qu'une langue est évolutive.
J'en conviens logiquement, même si parfois les choses me heurtent un brin.

Ainsi, le mot autrice pour désigner le féminin de "auteur", me défrise le tympan. Et, à bien y penser, ça ne devrait pas.
Les mots traductrice, actrice, directrice et productrice, entre autres, sont de la même lignée et ça ne me dérange pas. Pourquoi la réticence à autrice? Sais pas trop. La nouveauté, peut-être. Dans un secteur culturel encore machiste, il y a peut-être aussi pas mal de résistance. L'auteur est en haut de pas mal tout ce qui se produit, quand même. Un bon producteur sans auteur ne va pas loin. Alors, qu'un auteur puisse être une autrice, isssshhhhhh....

Bref, j'essaie de convenir que la langue évolue. Et, peu importe ce qui me dérange là-dedans, j'opterai maintenant pour autrice. Mon tympan y survivra!

Je disais donc que j'aime quand la vie s'empare de la langue et la façonne. Ça donne parfois des choses étonnantes. Par exemple, en France, chialer, c'est pleurer chez nous. Ils chialent lorsqu'ils ont une peine d'amour et ils braillent après leurs politiciens. Ici, c'est l'inverse! Autre exemple clin d'œil : si, au Québec, un élève dit au professeur : « j'ai envie! », il aura la permission d'aller aux toilettes. La même chose en Suisse francophone et le professeur répond : « Ouais, mais t'as envie de quoi?. » Là-bas, il aurait fallu dire « j'ai besoin ». Mais le même « j'ai besoin » au Québec se serait terminé par une question du professeur : « Ouais, mais t'as besoin de quoi? »

J'aime la langue qui bouge, qui vit.

Mais d'où viennent les épais?

Serait-ce l'antipode de fin? Une personne épaisse serait donc « pas fine »? Peut-être, si on tient pour acquis que « pas fine-fine » qualifie une personne à la santé mentale douteuse...

L'expression est apparue au Québec je ne sais pas trop quand. Il y a plusieurs décennies, je dirais. On qualifiait d'« épaisse » une personne niaise, engourdie et incapable de prendre une décision sensée dans un contexte ponctuel. On va jusqu'à dire : « lui, y est épais dans le plus mince! ». Mince devient un synonyme de fin? Peut-être!

L'importance des épais autour de nous

Je continue de cultiver cette curiosité par rapport aux réactions des gens sur les médias sociaux. Le clavier étant un fabuleux générateur de courage, il me semble que le mot épais, même s'il n'apparaît pas clairement partout, sous-tend plein de statuts spectaculaires. (et spectaculaires aussi au sens où on se soucie peu d'écrire correctement!)

Disons qu'on a le jugement facile. Le gérant d'estrade en nous est hyperactif.

Je prends un exemple récent : l'alerte météo du dernier week-end. Quand les municipalités des environs ont fait des points de presse pour inciter les gens à se fabriquer une trousse d'urgence de 72 heures, les commentaires ont été nombreux.

« Ben oui, toé, on est tous des caves, prenez-nous pas par la main! »

« Heille, on est nés ici, on en a vu d'autres! Laissez faire les petits conseils moumounes »

Dans ces deux exemples, le « bande d'épais » est inscrit en filigrane. Mais il est bien présent. Sans être nommé. Parce qu'on est quand même un peu politiquement correct!

Mais j'imagine l'inverse, juste une minute.

Les gens de la météo prévoient du verglas. C'est leur métier.

Les villes ne réagissent pas trop.

Mais c'est la catastrophe. Des milliers de personnes manquent d'eau pendant trois ou quatre jours, le verglas paralyse la circulation et l'électricité manque.

Je peux mettre un « dix » là-dessus : les mêmes personnes qui ont écrit des statuts s'installeraient à leur clavier et traiteraient d'épais les élus « grassement payés, avec nos taxes, qui se foutent de nous comme c'est pas possible ».
C'est comme si, pour des milliers de personnes, l'autre est épais de toute façon, qu'il prenne ou non une décision.

Personnellement, ça m'énerve depuis longtemps!

Bien hâte de voir ce qu'on dira de l'épais qui vient d'écrire cette chronique !😉

Clin d'œil de la semaine

Un analyste de la langue française sauce québécoise considère qu'un « twit », c'est un épais qui a obtenu sa permanence!


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