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CHRONIQUEURS / L'Agora
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau

Mercredi, 3 février 2021

L’un des nôtres



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La politique occupe plus que jamais l'avant-scène de nos vies. Ce sont les politiciens que nous avons élus qui rétrécissent chaque jour nos libertés et notre autonomie. Au nom de la survie de plusieurs, nous sommes soumis à un régime de privation de nos libertés. Cela est justifié dans le cadre d'une société libre et démocratique à cause de la pandémie. Rien à redire.

Néanmoins, on ne peut pas faire l'impasse sur le fait que plus on s'enfonce dans cette crise sanitaire, mieux on comprend que le vaccin ne résoudra pas tout. Des mutations du virus, des incertitudes sur l'immunité réelle offerte par le vaccin sont pour le moment des questions qui viennent gonfler le ballon de nos incertitudes. Nous devons nous résoudre à penser que nous sommes dans l'obligation d'apprendre à vivre avec la présence de ce virus et de tous les autres qui ne manqueront pas de se manifester entre autres dans le sillage de la fonte du pergélisol causée par les changements climatiques. Réflexion libre sur la vie avec la menace permanente de contagion.

Vivre en repli...

Ça fera bientôt un an que nous sommes repliés sur nous. Un an de privation de toute sorte. Une longue année d'apprivoisement de recul de nos libertés démocratiques et de notre liberté de choisir. Une année presque de désocialisation organisée où l'Autre est devenu une menace. Dans ce brouhaha de la petite dictature du sanitaire dans nos vies, nous nous sommes peu autorisés jusqu'à maintenant à critiquer les choix qui sont faits en notre nom par celles et ceux que nous avons élus. Certains l'ont fait pour de mauvaises raisons et en vertu de fausses conceptions comme ces complotistes et ces hurluberlus qui croyaient à l'État profond des trumpistes.

Néanmoins, de plus en plus de voix s'élèvent pour remettre en question les choix qui sont faits. Par exemple, le dernier en liste par le gouvernement Trudeau de bannir les voyages en avion vers les destinations soleil et d'obliger à une quarantaine surveillée assortie d'un coût de 2 000 $ pour tout voyageur. Ne faut-il pas voir dans ce genre de mesures une sorte de concession à la tyrannie d'une opinion publique vengeresse qui veut punir celles et ceux qui sortent du rang ? Je veux bien que l'on s'inquiète pour les variants du Royaume-Uni, du Brésil ou de l'Afrique du Sud, mais si cela est vrai pourquoi ne pas appliquer la même médecine à celles et ceux qui franchissent les frontières entre le Québec et l'Ontario ? La science ne nous dit-elle pas que le variant du Royaume-Uni est présent en Ontario ? La vice-première ministre Guilbault explique que c'est compliqué de limiter les échanges entre l'Ontario et le Québec si l'on prend en compte les caractéristiques de la région de la Capitale nationale ou de nombreuses personnes transitent chaque jour d'une province à l'autre pour le travail notamment.

Autre décision envahissante, celle du couvre-feu. Voilà que notre bon gouvernement Legault a trouvé une façon pour faire ce qu'il ne pouvait faire il y a quelques mois, empêcher les gens de se visiter en les menaçant d'une amende. Désormais, c'est un crime que de voir ses amis ou ses parents, surtout après 20 h.

Pire cette limitation à notre liberté est vue comme l'une des meilleures mesures du panier de toutes ces limitations à nos vies. Il faut s'inquiéter du fait que de grands esprits découvrent bientôt que c'est plus facile de gérer une société qui doit s'endormir à 20 h. N'est-ce pas le Saint-Graal de la lutte contre la criminalité ? Pourquoi ne pas maintenir cette disposition ad vitam aeternam si cela fait diminuer la criminalité ? Je blague à peine. L'une des lois qu'il faut retenir de la longue histoire de l'humanité c'est que la restriction des libertés s'insinue subrepticement dans nos vies et souvent le retour à la situation d'origine n'est jamais acquis.

Ouvrir l'économie...

Bien entendu, le premier ministre Legault a fait savoir la semaine dernière qu'il y aura un certain relâchement des mesures coercitives qui briment nos vies. Cela tombe sous le sens, car au Québec certaines régions sont présentement selon des codes de couleur d'hier dans des zones jaunes ou orange. Au moment où j'écris cette chronique, c'est hier que le premier ministre Legault a fait ses annonces alors que cette chronique est écrite dimanche, je ne sais pas ce que le gouvernement Legault aura choisi de relâcher, mais chose certaine, comme le premier ministre Legault nous l'a affirmé il ne faut pas s'attendre à retrouver notre vie d'avant même dans les régions où le virus ne circule plus beaucoup. Cela parce que d'une part c'est plus simple pour l'État sanitaire. Ouvrir des régions même éloignées poserait la question des barrages interrégionaux et le gouvernement ne veut pas aller là. Il est plus simple de demander au gouvernement Trudeau de limiter la liberté de se mouvoir des citoyens que de le faire soi-même. D'autre part, il y a la question de la capacité  et de l'efficacité de notre réseau de la santé en temps de pandémie.

L'éléphant dans la pièce

D'entrée de jeu, je tiens à manifester mon soutien et mon admiration sans bornes pour toutes les catégories de personnel du réseau de la santé et de l'éducation au Québec. Ces gens, du médecin au concierge, font un travail difficile dans un contexte surréaliste. Ce que nous demandons comme société à ces femmes et à ces hommes c'est immense et en retour nous les payons souvent mal et notre reconnaissance malgré nos bons mots de circonstances ne se traduit pas dans leur rémunération et leurs conditions de travail. Le secteur public a fait l'objet de coupes budgétaires année après année. Cela étant dit, comme contribuable et payeur de ces réseaux, nous sommes en droit de nous questionner sur l'incroyable incurie que nous retrouvons dans nos réseaux d'éducation et de santé. Nous consacrons plus de 50 % du budget total du Québec à ces missions et nous n'en avons pas pour notre argent. Pire encore, selon les dires même du premier ministre Legault, nous devons nous priver de nos libertés pour sauver le système de santé. Non seulement il nous coûte la peau des fesses, mais en plus il faut restreindre nos libertés pour lui permettre de survivre en temps de pandémie. Malgré les nombreuses tentatives de réformes par le passé, nos réseaux d'éducation et de santé performent largement en deçà de nos attentes. Il faudra y voir au lendemain de cette crise.

Vivre avec

À terme, il semble qu'il faudra apprendre à vivre avec ce virus plutôt que de penser que nous le vaincrons et qu'il disparaîtra. La question qui se pose est quel genre de vie pourrons nous avoir en sachant que nous pouvons attraper un virus qui peut nous conduire bien au trépas. Cette réflexion sur la façon de vivre avec un risque de pandémie n'est même pas amorcée. On vit plutôt dans le cadre d'une pensée magique qui veut nous faire croire qu'un jour, tout redeviendra comme avant. Moi je n'y crois pas. Croire en cette version postmoderne des contes de fées signifiera que nous ne vivrons pas de crises en lien avec le réchauffement climatique, qu'il n'y aura plus de virus inconnu qui s'abattra sur nous et cela je trouve que c'est faire preuve de peu d'esprit scientifique de le croire. C'est dans cet esprit qu'il faut réfléchir sur les conséquences de la limitation de nos droits et de nos libertés. Nous sommes une démocratie occidentale, pas une dictature. Dans ce contexte, loin de vouer comme plusieurs notre premier ministre Justin Trudeau aux gémonies pour ses hésitations à restreindre nos libertés, je suis porté à le glorifier pour ce comportement. Justin Trudeau plus que nul autre sait que désormais le virus est là pour de bon, ce virus est l'un des nôtres...



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