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CHRONIQUEURS / L'Agora
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau

Mercredi, 17 décembre 2014

Caquistes, malgré nous!



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Le gouvernement de Philippe Couillard a déposé en début de semaine ses offres à ses employés en prévision des prochaines négociations pour le renouvellement des conventions collectives des employés de l'État québécois. Une offre selon nos moyens. 3,2 % pour les cinq prochaines années. Les porte-paroles des syndicats ont violemment dénoncé ces offres. Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux les a qualifiées de raisonnables et a expliqué que c'était le seul choix qui s'offre au Québec dans la conjoncture actuelle. Nous devons vivre selon nos moyens désormais. L'État du Québec n'a plus les moyens de ses ambitions. Exploration de quelques idées fausses ancrées dans notre paysage.

Nous dépensons trop...

L'une des idées les plus répandues et qui est martelée chaque jour par le gouvernement Couillard est que l'État québécois dépense trop et que nous avons des programmes sociaux au-dessus de nos moyens. Est-ce vrai?

Le Québec vit un problème majeur. Nous avons un déficit structurel important et non pas conjoncturel. Cela s'explique largement par le vieillissement de la population qui cause chez nous un choc démographique sans précédent dans l'histoire des économies occidentales et que nous vivons avec plus d'acuité au Québec. Si bien que cela se répercute sur les coûts de notre système de santé dans le sillage du vieillissement de la population et sur notre productivité sans laquelle nous ne pouvons pas nous enrichir collectivement.

C'est donc vrai qu'il y a un problème. Disons pour faire bref que nos affaires ne vont pas bien et que nos façons de faire doivent être revues. Le chroniqueur économique de La Presse Alain Dubuc a bien résumé la situation dans son livre Portrait de famille. Il écrit : « Les finances du Québec sont en situation de déséquilibre structurel qui s'aggrave avec le vieillissement de la population, l'économie n'est pas assez vigoureuse pour soutenir le niveau actuel des dépenses publiques, il n'y a plus de marge de manœuvre fiscale... » Alain Dubuc ajoute, et c'est là que j'ai un désaccord avec lui, que nous ne pouvons augmenter les impôts (p.250).

À lire ce constat de Dubuc et à entendre les ténors du gouvernement libéral de Philippe Couillard, on se doit de répondre Oui à la question voulant que l'État québécois dépense trop. Le Québec vit au-dessus de ses moyens. Il faut revoir l'État. Nous devons donc avoir pour seule politique celle de François Legault et de la CAQ. Pourquoi alors est-ce un gouvernement libéral qui met en œuvre la politique de François Legault? Pourquoi avons-nous voté libéral?

Je n'ai pas voté pour cela...

Je ne sais pas pour vous, mais moi je n'ai pas voté pour cela. Jamais je n'aurais voté pour François Legault, car je crois possible une autre politique. Je crois que le choix distinct du Québec de se donner une société différente vaut la peine. Je ne crois pas que nous sommes obligés collectivement d'emprunter les voies de développement de la société américaine dont nous sommes les voisins. Il y place pour une autre politique qui ne serait pas d'inspiration néo-libérale, mais sociale-démocrate. Cela demande cependant de chacun de nous un minimum de solidarité et une vision beaucoup plus organique de qui nous sommes et de qui nous voulons devenir.

Le malaise fondamental vient du fait que nous voulons être distincts. Nous sommes fiers de nos programmes sociaux, mais nous refusons d'en payer le prix. Il y a un prix à payer pour être ce que nous sommes en Amérique du Nord. Nous ne pouvons avoir le beurre et l'argent du beurre. Prenons un exemple, parler français et vivre en français dans une mer anglo-saxonne a un prix. Il en coûterait beaucoup moins cher collectivement si nous nous mettions tous à l'anglais. Pourtant, nous faisons le choix de vivre en français. Acceptons-nous d'en payer le coût?

Nous sommes fiers de dire que le Québec est une société parmi les plus égalitaires. Cela a aussi un prix. Aux États-Unis, dans un État comme celui de la Floride, lorsque les gens sont sans travail ils n'ont pas de programme de soutien de revenu. Les gens doivent se résigner à se transformer en placard publicitaire pour 10 $ ou 20 $ par jour pour survivre. Est-ce ce genre de société que nous voulons?

Au Québec, pour vivre en français, nous devons payer une prime importante en impôt et en taxes. Pour permettre une plus grande égalité entre les femmes et les hommes, nous devons mettre en place des programmes comme ceux des régimes parentaux et des garderies pour la petite enfance. Pour permettre une plus grande solidarité entre les régions d'un aussi grand territoire que le nôtre, nous devons doter le Québec de politiques de développement régional avec des CLD et des CRÉS. Nous voulons cela, mais la vraie question demeure : sommes-nous d'accord pour en payer le prix?

Choisir une autre politique...

Si collectivement nous voulons demeurer ce que nous sommes, nous devons accepter d'en payer le prix et de donner à l'État québécois les moyens de nos ambitions. Si nous voulons vraiment vivre dans un Québec solidaire, égalitaire et français, nous sommes mal servis par le gouvernement actuel. Celui-ci inscrit toutes ses politiques dans une vision comptable du monde où le seul objectif est d'équilibrer les colonnes de revenus et de dépenses. Ce n'est pas l'imagination au pouvoir que nous vivons actuellement, mais plutôt des médecins déguisés en comptables. Le gouvernement Couillard est en train de faire du Québec un gros hôpital.

Nous pouvons nous donner une autre politique. Une politique d'inspiration sociale-démocrate qui reconnaît que la solidarité à un prix et que notre culture francophone mérite notre effort financier. Une politique juste reconnaîtrait, par exemple, que nous pouvons vivre avec un déficit structurel plus important que nos voisins parce que nous sommes différents et qu'il y a un prix pour cette différence. Pour assurer la pérennité de la société française d'Amérique qu'est le Québec, cela peut demander un effort fiscal des générations qui nous suivent. Dites-moi ça donnerait quoi d'avoir un État allégé de son fardeau fiscal, mais incapable d'assurer la pérennité de notre langue, de notre culture et de notre identité?

Pour changer la donne, il faudrait un véritable débat de société pour que nous décidions ensemble ce que nous voulons comme société. Sommes-nous encore capables de solidarité ou préférons-nous la voie de l'individualisme? C'est cela la vraie question qui se pose à nous aujourd'hui.

Accepter le discours du gouvernement Couillard sans chercher à trouver la voie pour une nouvelle politique c'est de faire du Québec un État caquiste. Un État d'individus incapables de solidarité. Moi je n'ai pas voté pour cela et je ne suis pas seul. Il faut se lever et dire non à cette idée de devenir des caquistes malgré nous...

Lectures recommandées :

Alain Dubuc, Portrait de famille. 14 vrais ou faux mythes québécois, Montréal, Les éditions La Presse, 2014, 255 p.


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