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CHRONIQUEURS /
Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 26 août 2019

Le quotidien de l’information



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Source: stock.adobe.com

Vous consultez présentement un média d’information régional. Il n’y en a pas tant dans le marché. Mais ils ont tous une grande importance. La Tribune marque notre histoire. Mes impressions comme citoyen à la suite de l’annonce d’une éventuelle fermeture. Ma chronique est plus longue que d’habitude, mais le sujet est crucial et vaste!

Je me suis demandé si je n’étais pas dans une sorte de soupe nostalgique au moment d’analyser mes états d’âme à la suite de l’annonce officielle de la fermeture imminente des journaux du Groupe Capitales Médias dans le modèle d’affaires actuel. Disons-le ainsi : il est facile de tomber en mode nostalgique quand nos repères s’effacent, ne résistant pas au temps et aux choses qui changent.

Eh, bien, non! Ce n’est pas de la nostalgie. La nostalgie serait de croire qu’une aide providentielle viendrait ramener le cliquetis des ordinateurs dans une salle bondée de journalistes et correspondants.

Vous savez, moi, à la providence, je préfère de loin la prise en charge personnelle et collective des gens et des institutions.

Il y a longtemps qu’on savait que ça clochait au niveau de nos quotidiens régionaux. Le modèle d’affaires, basé sur les revenus publicitaires, vivait des changements profonds et ne réussissait plus à générer les revenus qui supporteraient les dépenses inhérentes.

Là, on a une heure de tombée.

L’analogie est intéressante: l’adrénaline des dernières heures avant la fatidique heure de tombée, celle qui fera en sorte que ce sera imprimé pour de bon, apporte un degré d’implication intense, tire le meilleur de chacun.
C’est à ce type de poussée d’adrénaline qu’on est soumis, à ce moment-ci.

Une solidarité qui impressionne  
La solidarité a su s’organiser un peu partout. Pas partout. Le milieu des affaires, culturel, citoyen, sportif, etc. Un bémol? L’absence de réaction des dirigeants politiques municipaux (pour Sherbrooke, j’entends). De la part de la mairie, rien, à part la déclaration de notre maire selon laquelle il n’était pas question que la publication des avis publics revienne dans les pages du journal. Ici, je me permets : ce n’est pas tant le montant de 45 000 $ qui est en jeu. C’est le message que la publication des avis publics enverrait autour. Comme institution ou commerce, l’utilisation qu’on fait des pages d’un quotidien contribue aussi à sa pertinence pour le lecteur. J’invite à une réflexion là-dessus. Il n'est pas trop tard.

Et c’est à la fin d’une semaine intense en émotion que l’étonnant s’est produit : la nature ayant horreur du vide, c’est l’ancien maire de Sherbrooke, Jean Perrault, qui est monté au front et a réuni les grandes institutions de la ville! En voyant les images, je me disais qu’il y avait là une leçon de leadership : la majorité des intervenants sur la photo n’était pas à leur poste actuel du temps où M. Perrault était maire. Pourtant, il les a toutes et tous réunis.

Je suis maintenant convaincu que je préférerai toujours une action, même imparfaite, à la langue de bois.

Mais maintenant?
La question est là.

Mon premier réflexe a été d’identifier ce qui rendait le quotidien important pour une communauté. Sans nul doute, c’est l’information. Une information qu’on prend le temps de fouiller d’analyser, de vérifier. Une information qui n’est pas qu’opinion.

Un quotidien assure une présence rassurante, renseigne les citoyens-électeurs et provoque les débats. Dans une ère où chaque phrase politique semble enrobée par les experts en communication pour être digeste et susceptible d'endormir l’esprit critique de ses citoyens-électeurs, une information quotidienne n’est pas un luxe.

La question cruciale : est-ce qu’on peut faire fonctionner une salle de presse à qui on demande de fouiller des dossiers et générer des profits satisfaisants pour un actionnaire?

Difficile. Pour une raison simple : à partir du moment où les actionnaires attendent des résultats spéculatifs solides, on assiste nécessairement à une purge des dépenses. Plutôt que publier une édition crédible, on noircira du papier avec des textes génériques. Personne ne gagnera. Surtout pas le citoyen. Surtout pas la démocratie.
Il faut donc regarder ailleurs.
C’est là que le mouvement d’appui doit regarder. Un modèle coopératif?  Une entreprise sans but lucratif? Un hybride entre l’investissement privé et la coopérative de travailleurs? Une coopérative de solidarité où l’abonné est aussi actionnaire? Peut-être! Ne rejetons rien.

Le premier obstacle sera le fonds de pension à prestation déterminée que les deux derniers propriétaires (Power Corp et Groupe Capitales Médias) ont laissé en manque de capitalisation. Ça demandera peut-être aux autorités politiques provinciales et fédérales de brasser le pommier un peu. Une chose est sûre : l’enjeu est grand.

Bien faire, mais vite!  
L’urgence est là, bien installée. Mais pas la panique. Dit autrement, il reste peu de temps pour bien faire les choses et viser à créer un modèle équitable qui misera sur un fait qu’on doit garder en tête : l’information vérifiée et crédible doit motiver nos faits et gestes.

Clin d’œil de la semaine
Ne pas se soucier des médias régionaux, c’est accepter que la vie de notre région est secondaire.


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