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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

S’excuser


16 mai 2011
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Le jour de la fête des Mères, au fil des discussions anodines entre frères, sœurs et mère, nous nous sommes rappelé des souvenirs. Rien de bien grave. Ni d'extraordinaire. Rien pour écrire à sa mère, en fait. Quoique...

J'ai souvenir de plusieurs interventions que maman faisait au fil des jours, auprès de moi, quand j'étais enfant.

D'abord, il faut savoir que la vie, à l'époque, ça se passait dehors. Il fallait qu'il pleuve pour qu'on joue dans la maison. Au  sous-sol.  Sinon, c'était dehors. Point. C'était comme ça. Il faut dire qu'à l'époque, chaque maison abritait des enfants, il me semble. Dans ma paroisse (St-Esprit), il y avait deux écoles primaires (St-Esprit et Gagnon). Elles étaient pleines des jeunes du coin. Quand ce fut le tour de mes enfants, l'école St-Esprit s'occupait, à elle seule, de tous les niveaux du cycle primaire. Et des jeunes d'un peu plus loin arrivaient en autobus pour combler les classes. Comme il n'y avait pas beaucoup d'enfants autour et que les amis d'école vivaient plus loin, il me semble que je passais mes fins de semaine à donner des lifts aux gars. Mais n'enregistrez surtout pas ça comme une plainte, j'adorais l'exercice.

Mais revenons aux interventions de ma mère.

Je vous donne des exemples.

Par un bel après-midi d'été, je voulais me rafraîchir en dégustant un popsicle (fait maison à partir de jus Tang congelé et monté sur des tiges de plastique qui ressemblaient à une petite poignée d'épée...) Maman m'en donnait un, mais me demandait de le manger dans la maison. Sinon, il fallait en offrir à tout le monde : « on ne mange pas au nez des autres sans en offrir». Quand le nombre d'amis était trop important, je mangeais le popscicle dans la cuisine, avant de sortir à nouveau. 

Je me souviens aussi que mes amis étaient petits. Pas de taille, mais dans la façon de les nommer. Par exemple, je ne pouvais pas dire les Godon. Non. Il fallait dire les p'tits Godon ou les appeler par leur prénom. Pour elle, dire les Godon, c'était interpeller les gens un peu cavalièrement. 

Autre chose.  Il m'arrivait, parfois, de n'être pas fin avec mes amis (je suis probablement le seul à qui c'est arrivé...) Quand ma mère en avait connaissance, elle intervenait. Elle réunissait les deux chicaniers et demandait des explications. Une fois celles-ci  énoncées, il fallait s'excuser et se donner la main.

La cour de la maison devenait une cour de justice particulièrement efficace. Ma mère (comme tant d'autres) nous apprenait ainsi à vivre en société. Et à respecter les autres. Et à s'excuser quand on se trompait.

C'est au gré de ces enseignements de la cour que j'ai compris que le contact entre deux personnes est important. Une poignée de main, pour conclure des excuses, c'est demandant, pas à peu près!  Il  est intimidant de regarder quelqu'un dans les yeux pour le traiter de ci et de ça. C'est drôle qu'une fois face à face, notre courage se dérobe, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que ce n'en était pas... Le contact physique entre les personnes devient un régulateur incroyable. Et évite les malentendus. Et les abus. Et l'accumulation des frustrations.

J'y pense...  Le contact physique entre deux personnes est ce qui manque cruellement à nos communications par Internet. Ce qui laisse place à toutes sortes de dérapages.

Clin d'œil de la semaine

J'imagine l'intervention ma mère, après un incident au Centre Bell : « Chara, mon grand fafouin, excuse-toi...Mieux que ça! Donne-lui la main. Bon. Astheure, en punition »

Mais non. En lieu et place, on est pris avec Bettman... 


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