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CHRONIQUEURS /
Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 24 janvier 2011

Le grand malaise


24 janvier 2011

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J'entends encore la voix de ma mère : « François, tu vas me faire une commission. J'ai besoin de telle chose à la pharmacie. Assure-toi de rapporter la bonne affaire! »

La pharmacie, c'était celle de Gilles Savard. Un sympathique bonhomme qui vivait avec les gens du quartier. Il les connaissait bien. Dès qu'on mettait les pieds dans le commerce, ça sentait la pharmacie. Pas une odeur d'hôpital, non, une odeur de frais, de propre. Je ne sais pas trop, mais ça sentait la pharmacie!

Quand maman me demandait de faire une commission, je partais en mission. Primo, j'avais la permission de me rapprocher dangereusement de la très passante rue Galt Ouest. Il fallait contourner le restaurant Chez Mario. C'était juste en face du restaurant Chez Guylaine, mais là, il y avait la rue Galt à traverser. Et je n'en étais pas à ce genre de prouesse! Secundo, j'avais la responsabilité de bien utiliser les sous que maman m'avait donnés. Je savais très bien qu'il faudrait, en bout de piste, que tout balance. Pour moi, ce n'était pas une pression. C'était une évidence.

Quand le juge Bastarache a déposé son rapport, cette semaine, j'ai eu cette image de la pharmacie de mon enfance et des demandes de maman. J'ai cru entendre Jean Charest s'adresser à son ami Michel Bastarache : « Michel, tu vas me faire une commission. Sur tel sujet. Et assure-toi de me rapporter la bonne affaire. »

Le rapport est rapporté, cette semaine, sur toutes les tribunes. Et c'est conforme à ce que Jean Charest voulait. M. Bastarache est bon pour faire les commissions.

J'infantilise la chose? Malheureusement, non!

 Le rapport me fait penser aux textes des critiques du Bye Bye : il aurait pu être écrit avant la diffusion de l'émission tellement il est prévisible. Le déroulement de la commission annonçait déjà le résultat. Le grand coupable? Me Bellemarre. Il n'a pas subi de pressions indues. Donc, il en a subi, mais pas des indues! Jean Charest n'a rien à se reprocher, mais il faudrait modifier le processus de sélection des juges! Alors, on retourne dans nos chaumières et on se dit, 6 M$ plus tard, qu'on a bien fait de dépenser tout ça pour y voir clair. C'est ça?

On sait tous que cette commission était un écran devant  faire oublier le scandale présumé de la construction et de la corruption qui ferait pourrir les structures. Au moment même où Bastarache dépose son rapport, le président de la FTQ admet publiquement qu'il y a des infiltrations malsaines dans le secteur de la construction, des syndicats et un peu partout. Comment faut-il prendre cela? Le président de la FTQ, c'est un autre Bellemarre qui n'a, lui non plus, aucune crédibilité?

Je suis dans une grande zone de malaise. J'ai dépassé la colère. J'ai dépassé l'humour sarcastique qui désamorce souvent les choses. Je ris jaune, en fait. Les politiciens dénoncent  maintenant ouvertement le fait qu'il y a de la démobilisation et que les gens ne respectent plus leurs institutions et celles et ceux qui y travaillent. D'accord, mais est-ce je dois me sentir mal de ça, moi, citoyen et électeur?

Je vous le dis, je nage en plein malaise...        

Et je m'ennuie de ce temps où faire une commission était un exercice clair, précis et devant nécessairement être utile. Quand on saignait après une chute en vélo, la commission que maman nous faisait faire, c'était de rapporter des pansements. Pas des Aspirin pour faire oublier que ça saigne...

Clin d'œil de la semaine

Y a-t-il un lien entre la commission Bastarache et le scandale de la construction? Au niveau du lapsus, oui! Jean Charest a parlé de l'industrie de la corruption, déjà, et, cette semaine, son premier réflexe, à la suite du dépôt du rapport,  a été de dire qu'il se sentait blanchi...


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