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CHRONIQUEURS / L'Agora
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau

Mercredi, 24 juillet 2019

Esclaves de nos peurs


Le combat pour la laïcité est un vieux combat du Québec et il a beaucoup plus à faire par rapport à notre relation avec le catholicisme et l'Église qu'avec les voiles et la xénophobie présumée du Québec.

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crédit photo: Daniel Nadeau

Malgré le temps chaud et ensoleillé de la dernière semaine, on ne peut échapper totalement à l'actualité politique. Cela est d'autant plus vrai sur des sujets aussi clivants que la Loi 21 sur la question de la laïcité de l'État. On apprenait la semaine dernière que le juge Michel Yergeau a dit non au Conseil national des musulmans canadiens, à l'Association canadienne des libertés civiles et à Ichrak Nourel Hak, une étudiante en éducation, à la demande formulée de suspendre l'application de la loi concernant deux articles portant sur le port de signes religieux, avant qu'un tribunal se penche sur la validité de la loi.

Le juge Yergeau a écrit dans son jugement que : « Une fois adoptée par une législature démocratiquement élue, la loi est tenue pour l'avoir été dans l'intérêt du public et à l'avantage du bien commun. Mettre la loi en échec au nom d'intérêts individuels, si noble soit l'intention derrière la démarche, demande d'être tranché au mérite et non pas de façon préliminaire. » Certains thuriféraires opposants à cette loi qu'ils jugent inique voudront bien continuer de prétendre que cette loi est inconstitutionnelle et qu'elle est faite sur mesure pour discriminer les femmes musulmanes. Pourtant, le vrai problème c'est que celle-ci ne fait pas vraiment du Québec un État laïc. Le combat pour la laïcité est un vieux combat du Québec et il a beaucoup plus à faire par rapport à notre relation avec le catholicisme et l'Église qu'avec les voiles et la xénophobie présumée du Québec. À tous ces gens, je pense utile de rappeler des éléments de notre passé au moment de la création du Mouvement laïque français pour mieux comprendre ce débat concernant la laïcité de l'État. Retour dans le passé du Québec sous la bienveillante assistance de l'historien Yvan Lamonde.

Le Québec d'avant...

La plupart de nous tiennent pour acquis le Québec d'aujourd'hui. Il est une vérité simple cependant que nous venons de quelque part et l'érosion du pouvoir de l'Église, du cléricalisme et de la pensée ultramontaine a été pour les contemporains de l'époque une longue traversée du désert débutée au moment de la crise économique de 1929 et approfondie par la Seconde guerre mondiale de 1939 à 1945, et de son après-guerre. La période de 1939 à 1965 sera le point de chute des changements qui culmineront avec l'événement politique de l'élection du gouvernement libéral de Jean Lesage et de son équipe du tonnerre qui seront par la suite portés aux nues comme ceux qui ont fait aboutir le changement. Les historiens diffèrent d'opinion sur ce sujet avec la mémoire populaire.

Ils sont plutôt de l'avis de l'historien Yvan Lamonde : « Pour comprendre l'histoire du Québec, c'est-à-dire les changements, l'expression contradictoire de "Révolution tranquille" avec majuscule n'explique rien. Même et surtout lorsqu'elle est couplée à une date fétichisée, le 22 juin 1960, degré zéro de tout qui laisse la décennie 1950 dans un angle mort.

Les dates retenues ici - 1939 à 1965 - disent à la fois l'origine de la poussée qui balisera les changements et le moment où les trajectoires esquissées durant la guerre et l'après-guerre trouvent leur point de chute. » (Yvan Lamonde, La modernité au Québec. La victoire différée du présent sur le passé [1939-1965], tome 2, Montréal, Fides, 2016, p. 9).

Des acteurs : des humains et des œuvres

Les noms à retenir de cette époque sont les Thérèse Casgrain, André Laurendeau, Simone Monet-Chartrand, le père Lévesque, Gérard Pelletier, Pierre Elliott Trudeau, Pierre Vadeboncoeur, Hélène Pelletier-Baillargeon, Jean Le Moyne, Judith Jasmin, Adèle Lauzon, Claire Kirkland-Casgrain, Gérard Filion, le cardinal Léger, Lionel Groulx, Paul-Emile Borduas, Mgr Charbonneau, Jean-Marc Léger, Maurice Blain, le Frère Untel, Raoul Roy, Hubert Aquin, Guy Frégault, les abbés Dion et O'Neil, Madeleine Parent, Fernand Dumont, Lucile Durand alias Louky Bersianik, Anne Hébert, Germaine Guèvremont, Pierre Perrault, Robert Élie, Gilles Marcotte, Claire Martin et plusieurs autres. Des femmes et des hommes qui à partir de revues comme Cité libre, La Relève, L'Action nationale et par leurs œuvres littéraires ou artistiques ont profondément changé le Québec.

Ces hommes et ces femmes ont façonné une histoire des idées et des sensibilités ou se sont exprimés nos blocages, nos débats et nos peurs. Ce sont ces femmes et ces hommes qui ont ouvert la voie au chemin des idées nouvelles, aux contestations et aux aspirations qui sont devenues celles du Québec. Tout cela a fait ce que nous sommes devenus aujourd'hui, mais étrangement c'est plus du domaine du refoulé que de la pleine conscience. Ce qui nous empêche aujourd'hui d'entrevoir notre avenir en pleine lucidité des choses.

Rappelons ici la trajectoire empruntée par la société québécoise au lendemain de la grande crise et au moment des guerres et de l'après-guerre de la Seconde Guerre mondiale qui a plongé le Québec dans la modernité. « De multiples façons, la guerre bouleverse l'ordre et confronte le monde à un présent dont il faut désamorcer les explosifs. Les deux trames intellectuelles de fond du Québec, la religion et le nationalisme, sont profondément secouées par la modernisation irréversible qu'impose la guerre. Il faut alors comme l'a suggéré le peintre Paul-Émile Borduas, dire "adieu à la tuque et au goupillon", au duplessisme et au nationalisme déphasé qu'il incarne, à une religion devenue plus un pouvoir qu'un croire. Pour ce faire, on prend les chemins de la liberté contre la peur, de l'expression contre le silence. » (Yvan Lamonde, loc.cit.)

Le combat pour la laïcité

Le congrès de fondation du Mouvement laïque français (MLF) a lieu le 8 avril 1961. L'ex-rédacteur de la revue La Relève, Robert Élie signe l'introduction de la publication des communications faites lors de ce premier congrès : « la société canadienne-française est devenue pluraliste et que la "volonté de rechercher ouvertement et publiquement, des solutions franches" est un réflexe nouveau depuis l'élection du gouvernement libéral de Jean Lesage. Second message à se mettre en place, l'affirmation audacieuse selon laquelle l'égalité des droits place la majorité catholique sur le même pied que les minorités religieuses. » (Yvan Lamonde, Ibid. p. 287.)

Lamonde rappelle aussi que « Le Dr Jacques Mackay présente le MLF comme "né du désir de faire échec à l'isolement stérilisateur auquel sont toujours soumis les éléments dynamiques dans un milieu tant soit peu fermé et traditionaliste." Le mouvement entend promouvoir la laïcité dans les institutions politiques et en particulier dans le secteur scolaire favorisant la mise en place d'un secteur laïque parallèle à un système multifonctionnel. L'État, "bastion de la démocratie" et gardien de l'égalité des citoyens favorisera aussi l'établissement de services sociaux et de santé pour tous, la reconnaissance du serment civil et des droits civils en matière de mariage et d'adoption. » (Lamonde, Loc. cit.)

Aussi modestes fussent-ils, les premiers pas du MLF ont fait l'objet de rebuffades bien senties de tous les milieux nationalistes et catholiques de l'époque. Gérard Filion alors directeur du Devoir écrira au lendemain de ce premier congrès du MLF que : « l'existence même du mouvement nuira au travail des esprits lucides. » L'évêque de l'époque de Sherbrooke, Mgr Cabana fera aussi entendre sa voix pour dire que l'Église doit conserver ses droits en matière d'éducation. « Pour Mgr Cabana, l'Église doit "réclamer la paternité surnaturelle de tous les hommes" et qui, en conséquence, encadre les parents, la famille et l'homme qui est un fils avant d'être un citoyen. » Même le premier ministre Jean Lesage semble vouloir fléchir sous la pression des évêques à propos de la Loi créant le ministère de l'Éducation au lendemain de l'étude du rapport de la Commission Parent. (Pour voir le récit complet de cet épisode voir Yvan Lamonde, op.cit. Le chapitre 14 intitulé : Au diable le goupillon II : la critique du cléricalisme par les incroyants et la promotion de la laïcité [1961-1965], p.283 à 308.)

L'opinion publique confuse

L'histoire ne se répète pas, mais elle est souvent source d'enseignement. Dans le cas qui nous occupe, on peut faire le rapprochement avec la situation actuelle du Québec en mettant l'accent sur l'incompréhension des contemporains de chacune des époques sur les enjeux que soulève cette question. Paul Lacoste écrivait dans Le Devoir en 1964 : « Surtout, l'opinion publique ne sait plus où elle en est, puisque tant de gens ont appuyé successivement et avec la même vigueur le rapport Parent, le premier bill 60 et la loi actuelle, trois formules pourtant différentes. Ce qui est le plus grave pour l'avenir de la province, ce n'est pas que le rapport Parent ait été écarté, c'est que le public puisse croire que l'essentiel du rapport a été adopté et que nous avons un système moderne et démocratique. » (Lamonde, Ibid. p. 304.)

Pour paraphraser Paul Lacoste, je dirais que ce qui est le plus grave au lendemain de l'adoption de la Loi 21 par l'Assemblée nationale du Québec c'est que nous croyons que cette loi a réglé la question de la laïcité. Rien n'est plus faux. Ce n'est pas en délestant les minorités de droits fondamentaux que nous faisons grandir notre société distincte. Au fond, rien n'est réglé sinon que nous avons l'impression que notre gouvernement a mis son pied à terre. Nous avons l'illusion d'être à nouveau « Maîtres chez nous ». Cela apaise, fait illusion, mais on se refuse encore de faire du Québec un territoire vraiment laïc. Les entourloupettes de dernières minutes au projet de loi adopté sous le bâillon, rappelons-le, pour empêcher quiconque de demander le retrait de crucifix dans des institutions publiques par la voie des tribunaux en témoignent. Nous n'avons rien appris de notre histoire récente. Nous sommes toujours esclaves de nos peurs...


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