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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Conjuguer au nous

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Plusieurs fois l'an, je tiens des rencontres au sommet. Des rencontres entre amis. Deux objectifs sont poursuivis : forcer la cadence du temps à ralentir le pas un brin et, rien que ça, refaire le monde.

Le point qui me revient en tête aujourd'hui est sorti il y a plus d'un an. Un ami me racontait que le bureau pour lequel il travaille organise, annuellement, une journée où les membres du personnel sont appelés à délaisser leurs tâches habituelles en les troquant pour des tâches manuelles destinées à soutenir une organisation communautaire.

L'idée est géniale. Elle permet de souder des liens dans une équipe de travail et favorise l'expression de talents autres que ceux démontrés au boulot. Mais il y a un effet collatéral positif intéressant : la découverte de besoins sociaux qu'on ne voit pas et ne connaît pas. Dit autrement, ça ramène les choses dans une perspective plus large.

Regardons-nous aller. Avec un pas de recul. Les matins de boulot, la routine nous fait faire le même trajet, seul dans une voiture. Au travail, un cercle restreint de collègues nous entoure. À la fin de la journée, on retrouve son chez-soi, sa bulle. On en ressort que pour consommer ou participer à des trucs organisés (cours de ci ou ça, atelier de ci ou ça, sport en équipe dans une grille horaire précise, etc.).

La fin de semaine arrive et on se réfugie chez soi. Enfin, se dit-on! On l'a bien mérité, non?

Et on sort marcher, écouteurs aux oreilles pour se baigner dans une ambiance qui fait du bien.

Ce monde qui est le nôtre fait en sorte qu'on est démobilisés. Isolés. Au-delà de ce qu'on croise sur notre route, on dirait qu'il n'y a rien. Internet nous ouvre le monde alors qu'on se referme sur le nôtre.

Quand un événement nous sort de ce quotidien restreint, on est souvent surpris. Il y a des iniquités flagrantes, une misère insoupçonnée. De quoi y perdre ses repères. Ce qui n'est pas mauvais, cela dit.

Je repensais à tout ça en écoutant le Docteur Barrette présenter sa grande réforme du système de santé du Québec. C'est au lendemain de sa victoire personnelle à la table des négociations avec les médecins et médecins spécialistes qu'il a présenté sa vision.

Je ne parlerai pas de cette vision, aujourd'hui. Je me donne le temps de comprendre où il veut aller et d'évaluer les impacts avant de me prononcer. (Je me paie ce luxe alors que notre rythme de vie exigerait une réaction immédiate).

Vous avez peut-être remarqué que je parle de « sa » négociation et de « sa » réforme. Ce n'est pas de la mauvaise foi de ma part, il est de même, le Doc Barrette. Il a le « je » impressionnant. Tout est au « je ». D'ailleurs, un point essentiel de sa réforme tient au fait que le ministre aura des pouvoirs exécutifs très forts. Il centralise les décisions vers le bureau du ministre.

La tentation est forte de dire « bon, enfin, un ministre qui s'en occupe. » De fait, ça nous permet de retourner dans notre quotidien et de reprendre notre place dans le trafic. C'est tout ce qu'on souhaite, après tout.

Mais, pour ma part, j'ai hâte qu'on parle au « nous ». Le modèle de politicien que je cherche est un mobilisateur. Un groupe de personnes qui présentera un projet de société différent, mais dont l'offre sera transparente.

Dit autrement, je cherche exactement le contraire de ce que les Libéraux et les Péquistes ont proposé la dernière fois. Ils ont fait l'élection sur de grandes phrases vides « Les Québécois ne veulent pas de référendum » et « Nous devrons être courageux ». Jamais les enjeux n'ont été discutés. Et c'était volontaire. Les gens de communication savaient qu'il ne faut pas trop déranger le citoyen dans son quotidien. Il est occupé par son petit monde. Il veut juste que ses taxes servent à payer quelqu'un qui va s'occuper de tout.

Pendant ce temps, on est démobilisés. Et les Doc Barrette, Bolduc et Couillard parlent au « je » avec une aisance incroyable.

Forçons-nous à sortir de notre quotidien. La méconnaissance de nos milieux respectifs entraîne des effets pervers. Entraîne surtout le fait qu'on subit plus qu'on agit.

En parlant ainsi au « je », les politiciens ne sont pas valeureux et courageux. Ils ne font que profiter du fait qu'ils savent qu'on ne réagira pas, de toute façon.

Clin d'œil de la semaine

Le Docteur Barrette refuse dorénavant qu'on dise qu'il est gros. D'accord. Disons qu'il en mène large. Excessivement large...


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