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CHRONIQUEURS / L'Agora
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau

Mercredi, 25 novembre 2015

Paris, la terreur



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Au lendemain des attentats à Ottawa, j'avais longuement, dans une chronique publiée ici et intitulée Le ressentiment, cité des passages de la pensée d'Albert Camus puisés dans L'homme révolté. Vous aurez compris que j'aime Albert Camus. Je trouve qu'il représente l'un des penseurs les plus libres que l'Occident ait connus. Un intellectuel qui a reçu le prix Nobel pour son œuvre et qui a toujours mis la liberté et l'humanisme au cœur de son œuvre. Au lendemain des attentats de Paris, Albert Camus fait encore figure de phare pour mieux comprendre les événements. Je puise son enseignement dans un article de 4 ou 5 pages publié en 1948 dans le journal Combat : Ni victimes, ni bourreaux.

Ce qu'il faut retenir de ce texte c'est que la liberté s'estompe lorsque le dialogue cesse entre les hommes. Il me faut ici paraphraser Camus en complétant la citation d'ouverture de son article :

« Le XVIIe a été le siècle des mathématiques, le XVIIIe celui des sciences physiques, le XIXe celui de la biologie. Notre XXe siècle est le siècle de la peur » (Jacqueline Levy-Valensi et collaborateurs, Albert Camus, Œuvres complètes, tome 2 1944-1948, Paris, Bibliothèque La Pléiade, 2006, p.436.)

Le 21e siècle sera celui de la terreur. Paris, le 13 novembre 2015 en est une expression éclatante. Plongée dans l'horreur de la terreur.

Un monde sans avenir et sans repères

La première chose que nous devons prendre en compte dans notre analyse est que notre monde est privé de repères et d'avenir. La fin des religions et des grands systèmes de pensée, que des gens comme Francis Fukayama ont décrite comme la fin de l'histoire, joue un rôle important dans la fuite en avant dans les biens de consommation et une société de l'avoir. Dans ces conditions, pas étonnant que ceux qui n'ont rien et qui n'ont pas d'espoir d'obtenir quelque chose puissent se transformer, au moyen du faux-fuyant d'un Islam improbable, en soldats de la terreur et en assassins de nos libertés et de nos modes de vie.

Ce n'est pas une situation si nouvelle. Déjà en 1948, Albert Camus pouvait écrire : « Ce qui frappe le plus, en effet, dans le monde où nous vivons, c'est d'abord, et en général que la plupart des hommes sont privés d'avenir. Il n'y a pas de vie valable sans projection sur l'avenir, sans promesse de mûrissement et de progrès. Vivre contre un mur, c'est une vie de chien » loc.cit.

La responsabilité occidentale dans la terreur

Comment pouvons-nous, nous les Occidentaux, prétendre offrir ce qu'il y a de meilleur de nous aux populations du Moyen-Orient, alors que les armées de nos pays guerroient ces pays au nom de notre amitié suspecte avec Israël, au détriment de la population de Palestine? Comment encore croire en la force de notre démocratie libérale alors que pour le pétrole et le maintien de position stratégique sur la carte du monde, nos pays font la guerre à des dictateurs sans pour autant prévoir de plan de suite des choses? Comment pouvons-nous nier nos responsabilités dans la terreur actuelle alors que nous avons envahi et disloqué l'Iraq de Saddam Hussein, la Lybie du général Kadhafi et que nous sommes restés assez impassibles devant les exactions du régime de Bachar el-Assad en Syrie?

Comment pouvons-nous ignorer nos actions timides et surtout celles des gouvernements que nous avons élus pour trouver des solutions viables et négociées au Liban par exemple? Je ne parle même pas ici de l'Afrique, qui a droit à notre même recette.

Minimalement, lorsque nous nous attardons à dénoncer la terreur et les « méchants terroristes islamiques », il faudrait contextualiser la situation et rappeler nos responsabilités dans la situation actuelle. Je ne justifie en aucun cas les actions des sous-humains et des barbares qui tuent des innocents pour une cause injuste comme celle du règne d'un pseudoroyaume de Mahomet, mais je dis qu'il faut savoir que nous avons des responsabilités dans la situation actuelle.

L'absence de dialogue préfigure l'absence d'humanité

Une seconde chose m'apparaît fondamentale dans notre compréhension des événements de Paris, c'est que l'absence de dialogue entraîne fatalement l'absence d'humanité. Cela explique que nous sommes face à des phénomènes nouveaux où les terroristes n'ont plus d'humanité. Camus avait bien traduit la situation au lendemain des atrocités nazies en Europe en 1948 : « Quelque chose en nous a été détruit par le spectacle des années que nous venons de passer. Et ce quelque chose est cette éternelle confiance de l'homme, qui lui a toujours fait croire que l'on pouvait tirer d'un autre homme des réactions humaines en lui parlant le langage de l'humanité. Nous avons vu mentir, avilir, tuer, déporter, torturer, et à chaque fois il n'était pas possible de persuader ceux qui le faisaient de ne pas le faire, parce qu'ils étaient sûrs d'eux et parce qu'on ne persuade pas une abstraction, c'est-à-dire le représentant d'une idéologie. Le long dialogue des hommes vient de s'arrêter. » Ibid. p.437

Aujourd'hui, la terreur, le terrorisme aveugle et sanglant se construisent sur l'absence de dialogues entre les hommes de bonne volonté. Nous sommes impuissants à retrouver un semblant d'humanité chez les tueurs barbares et sanguinaires s'inspirant faussement de l'Islam et de ses enseignements.

Nous vivons dans la terreur

C'est pourquoi nous vivons aujourd'hui dans un siècle de la terreur. Nous vivons dans la terreur parce que nous sommes incapables de dialoguer entre humains et que nous avons perdu notre humanité. Encore une fois, permettez-moi de vous citer Albert Camus qui nous explique bien le phénomène à plus d'un demi-siècle de distance : « Nous vivons dans la terreur parce que la persuasion n'est plus possible, parce que l'homme a été livré tout entier à l'histoire et qu'il ne peut plus se tourner vers cette part de lui-même, aussi vraie que la part historique, et qu'il retrouve devant la beauté du monde et des visages; parce que nous vivons dans un monde de l'abstraction, celui des bureaux et des machines, des idées absolues et du messianisme sans nuances. Nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison, que ce soit dans leurs machines ou dans leurs idées. Et pour tous ceux qui ne peuvent vivre que dans le dialogue et dans l'amitié des hommes, ce silence est la fin du monde » Ibid. p.437

La civilisation du spectacle amplifie le problème

Pour sortir de la terreur, il faudrait réfléchir ensemble, reprendre les dialogues, renouer avec notre humanité, mais cela est difficile de nos jours parce que nous sommes une société tournée vers le spectacle. Un autre écrivain Nobelisé , Mario Vargas Llosa, l'a bien décrit : « L'information audiovisuelle, fugace, passante, tapageuse, superficielle nous fait voir l'histoire comme fiction, en nous distanciant d'elle par l'occultation des causes, des engrenages, des contextes et du développement de ces événements qu'elle nous présente de façon si vivante. C'est une façon de nous faire sentir aussi impuissants à changer ce qui défile sous nos yeux que lorsque nous regardons un film. Elle nous condamne à cette réceptivité passive, atonie morale autant qu'anomie psychologique, où nous plongent les fictions ou les programmes de consommation massive dont le seul but est de nous divertir » (Mario Vargas Llosa, La civilisation du spectacle, Paris, Gallimard, 2015, p.222)

Nous sommes réduits à être des spectateurs de nos propres vies. Le problème que pose cette condition c'est qu'elle irréalise le présent. Changer la vie réelle en fiction n'est pas sans conséquence sur la capacité de mobilisation citoyenne. Sans mobilisation citoyenne, pas de dialogues. Sans dialogue, pas d'humanités. Sans humanité, la terreur. Une terreur par laquelle nous devenons collectivement impuissants parce que démobilisés. Un monde sans citoyens mobilisés devenus spectateurs est un terreau propice aux dictatures. Un monde qui rend possible une ville de Paris devenue le Paris, la terreur...

Lectures recommandées :

Jacqueline Lévy-Valnsi et coll, Albert Camus, Œuvres complètes, tome 2 1944-1948, Paris, Bibliothèque La Pléiade,2006, 1407p.

Francis Fukayama, La fin de l'histoire et le dernier homme, Paris, Flammarion, coll. : Histoire,1997, 442p.

Mario Vargas Llosa, La civilisation du spectacle, Paris, Gallimard, 2015,227 p.

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