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CHRONIQUEURS / L'Agora
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau

Mercredi, 17 octobre 2018

Sauver la planète, vous dites?



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Il fallait s’y attendre. La question des changements climatiques revient à l’avant-plan de l’actualité. - Daniel Nadeau

La dernière semaine a été fertile en actualités de toute sorte. Bien difficile de choisir le sujet de chronique cette semaine. Les données publiées par la Direction de la protection de la jeunesse sur le sort que nous réservons à nos enfants étaient particulièrement troublantes. J'aurai l'occasion de revenir sur cette question. Cela vaudrait une chronique. Ce n'est pas le bon moment pour moi de vous parler de ce sujet oh combien important.

Il y avait aussi le 50e anniversaire de la création du Parti québécois qui vit des heures sombres à la suite du dernier scrutin. Mais cela, j'en ai abondamment parlé ces dernières semaines. Il y avait aussi bien sûr, le sommet de la francophonie en Arménie qui marquait le premier voyage officiel du nouveau premier ministre désigné du Québec, François Legault et la non-réélection de notre ancienne gouverneure générale Michaëlle Jean au poste de secrétaire générale de la francophonie. Sans compter cette manifestation absurde et surréaliste contre un projet de loi non déposé par un gouvernement pas encore assermenté sur le port des signes ostentatoires religieux pour les personnes en autorité. Actualité foisonnante. J'ai finalement choisi de commenter le dernier rapport du GIEC.

Le dernier rapport du GIEC

Il fallait s'y attendre. La question des changements climatiques revient à l'avant-plan de l'actualité. Cela se fait dans la foulée du dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. Que dit ce rapport? Rien d'encourageant.

En voici les points saillants comme cité dans le rapport :

1. « Les activités humaines ont déjà provoqué un réchauffement climatique de 1 ± 0,2 °C au-dessus des niveaux préindustriels. La température moyenne augmente actuellement de 0,2 ± 0,1 °C par décennie en raison des émissions passées et actuelles. À ce rythme, le réchauffement dépassera 1,5 °C entre 2030 et 2052. Les systèmes humains et naturels pâtiront davantage d'un réchauffement de 2 °C que d'un réchauffement de 1,5 °C. »

2. « Les modèles climatiques prévoient de fortes différences dans les caractéristiques climatiques régionales, entre les conditions actuelles et un réchauffement de 1,5 °C, et entre 1,5 °C et 2 °C. Ces différences se manifestent par l'augmentation de la température moyenne dans la plupart des pays et des régions océaniques, par des chaleurs extrêmes dans la plupart des régions habitées, par des précipitations intenses dans la plupart des régions, et par des risques de sécheresse et de déficit de précipitations dans certaines régions. »

3. « Limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport à 2 °C* réduirait les risques d'impact du réchauffement climatique sur les écosystèmes terrestres, d'eau douce, côtiers, marins et sur les services qui leur sont associés. Certains impacts peuvent être de longue durée, voire irréversibles, entraînant notamment la perte de certains écosystèmes. »

4. « Dans le cas d'un réchauffement de 1,5 °C, l'élévation du niveau de la mer à l'horizon 2100 serait inférieure d'environ 0,1 m par rapport à un réchauffement de 2 °C. Le niveau de la mer continuera à monter bien au-delà de 2100. L'ampleur et la rapidité de cette augmentation dépendent des trajectoires d'émissions futures. Une augmentation plus lente du niveau de la mer améliore les possibilités d'adaptation dans les systèmes humains et écologiques des petites îles, des zones côtières basses et des deltas.

L'instabilité de la calotte glaciaire antarctique et/ou la perte irréversible de la calotte glaciaire du Groenland pourrait entraîner une élévation de plusieurs mètres du niveau de la mer en plusieurs centaines à plusieurs milliers d'années. Ces instabilités pourraient être déclenchées pour un réchauffement climatique autour de 1,5 °C à 2 °C. »

5. « Les impacts sur la santé, les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, l'approvisionnement en eau, la sécurité humaine et la croissance économique vont augmenter par rapport à aujourd'hui dans le cas d'un réchauffement de 1,5 °C, et plus encore dans le cas d'un réchauffement de 2 °C ».

6. « La réalisation des engagements actuels dans le cadre de l'Accord de Paris, comme présentés dans les "Contributions déterminées au niveau national", ne suffira pas à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. »
Que faire?

Que pouvons-nous faire? Existe-t-il des moyens réalistes pour pouvoir endiguer cette catastrophe annoncée? Ici, les réponses sont moins convaincantes que le diagnostic posé.

Le même rapport nous indique qu'il existe des solutions. Par exemple, nous disent les auteurs du rapport; « Il existe une vaste gamme d'options d'adaptation permettant de réduire les risques liés aux changements climatiques. Toutefois il existe des limites à l'adaptation et aux capacités d'adaptation de certains systèmes humains et naturels, même pour un réchauffement de 1,5 °C. »

Néanmoins, une chose est claire, c'est que dans tous les scénarios pensés et pensables, on doit réduire les émissions de Co2 dans l'atmosphère ou les retirer. Il existe des techniques qui peuvent être mises à contribution pour retirer du Co2 de l'atmosphère. Or, ces techniques ne sont pas encore fiables scientifiquement au sens où la science serait capable d'en mesurer l'efficacité dans le temps et sur une large échelle. Ce qui n'en fait pas la panacée souhaitée. C'est pourquoi nous en revenons à l'essentiel. La crise climatique nécessite non pas une transition « pépère » comme veulent nous le faire croire les ténors modérés de la cause des changements climatiques, mais une rupture brutale avec nos modes de vie actuels. Là est le nerf de la guerre de la survie de la planète.

Les démocraties sont-elles solubles dans la crise du climat?

Nous avons l'habitude au Canada de regarder de haut le président Trump et de le juger sévèrement sur sa performance en rapport avec le dossier des changements climatiques. Pourtant, le bilan du Canada en matière de cibles pour réduire les gaz à effet de serre est pitoyable. Le gouvernement libéral actuel, celui de Justin Trudeau, aime bien se présenter comme un champion de la lutte aux changements climatiques. Malheureusement, la réalité dément ses prétentieuses affirmations. Le Canada est encore très loin des cibles internationales fixées pour 2020 en matière de changements climatiques. Il est clair que le Canada ne réussira pas à réduire d'ici 2020 ses émissions de gaz à effet de serre de 17 % par rapport à ceux de 2005. Il ne réussira même pas à atteindre les objectifs pourtant jugés modestes à l'époque du gouvernement du conservateur Stephen Harper. Pire encore, nous sommes maintenant propriétaires d'un pipeline dans l'Ouest canadien qui fait problème en ce qui a trait à son acceptabilité sociale auprès de la majorité de Canadiens et de nombreuses communautés autochtones.

Au Québec, ce n'est guère mieux malgré les prétentions de nos gouvernements. Il faut dire que la présence de l'énergie hydro-électrique nous a donné un fier coup de main. En dépit de cela, le bilan du Québec n'est pas si méritoire que nous voulons bien le dire. Voyons ce qu'en disait le Plan d'action 2013-2020 sur les changements climatiques déposé en mars dernier par l'ancienne ministre de l'Environnement, Isabelle Melançon :

« Les investissements et les efforts pour réduire les gaz à effet de serre (GES) n'ont pas donné les résultats escomptés, ils ont seulement stabilisé les émissions pour l'instant, a annoncé le gouvernement du Québec vendredi. Des mesures plus sévères seront donc instaurées pour rectifier le tir. Le Québec n'atteint pas l'objectif de réduction des GES qu'il s'était fixé jusqu'à maintenant, a reconnu du bout des lèvres la ministre du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Isabelle Melançon. »

Nous voulons tous le mieux pour nos enfants et nos héritiers. Nous avons le devoir de leur rendre un monde en meilleur état que celui que nous avons trouvé. La crédibilité de tous les dirigeants depuis plus de trente ans est mise à mal. Nous discutons, palabrons, mais n'agissons pas. Nous sommes tous coupables de défendre nos intérêts économiques nationaux. C'est cela la vérité. Il faut dire à la décharge de tous les dirigeants politiques mis au banc des accusés que nous ne sommes pas prêts collectivement à modifier nos vies et nos modes de vie. La vérité c'est que pour éviter la catastrophe nous devrions réduire nos niveaux de vie, nos façons de vivre et sacrifier une large part de notre confort. Une telle éventualité, il est vrai, s'envisage beaucoup mieux sous un régime autoritaire que dans une démocratie. Quand le leader de tous les leaders décrète qu'il faut agir, tous s'inclinent. Les démocraties survivront-elles aux catastrophes annoncées des changements climatiques? Sauver la planète, vous dites?


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