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CHRONIQUEURS / L'Agora
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau

Mercredi, 25 novembre 2020

Ici, on parle français…



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Le chansonnier et parolier Yves Duteil a écrit en 1985 cette magnifique chanson pour rendre hommage à la présence de la langue française en Amérique : La langue de chez nous. Chanson dans laquelle il écrivait :

«C'est une langue belle avec des mots superbes
Qui porte son histoire à travers ses accents
Où l'on sent la musique et le parfum des herbes
Le fromage de chèvre et le pain de froment
... » (Yves Duteil, La langue de chez nous, 1985)

Que de beaux mots de cette langue à se rappeler alors que fait rage chez nous le prélude d'une crise linguistique. Ces dernières semaines, les chiffres ne mentent pas. La langue française est en recul à Montréal au détriment de l'anglais. La capitale francophone en Amérique du Nord est à se déparer de son attribut principal qui en fait le charme et la singularité. Les gouvernements sont préoccupés. Le gouvernement du Québec s'apprête, on ne sait pas quand, à légiférer pour renforcer nos lois et affirmer une fois de plus qu'au Québec la langue française est la langue nationale. Même le gouvernement libéral de Justin Trudeau se dit aujourd'hui sensible à ces préoccupations. La ministre responsable, Mélanie Joly, est à légiférer pour renforcer les langues officielles au pays en reconnaissant le caractère distinct du Québec en matière linguistique. Réflexions sur l'avenir du français au Québec et au Canada...

La langue : un enjeu national

Il faudra le voir pour le croire. La reconnaissance de la spécificité et du caractère incontournable du français au Québec est la fondation de la reconnaissance d'une nation distincte en Amérique du Nord, la nation québécoise française d'Amérique. Or, il serait étonnant que le gouvernement de Justin Trudeau puisse poser un geste qui irait dans le sens de la reconnaissance de la société québécoise au-delà de mots creux. Cela est d'autant vraisemblable que la jeunesse québécoise ne se sent pas interpellée comme les générations précédentes par cet enjeu majeur que constitue la langue française. Les sondages nous l'indiquent, les jeunes Québécoises et Québécois tiennent pour acquis cette langue française et sont plus volontiers ouverts aux autres langues que nous l'étions nous les baby-boomers.

Quoi qu'il en soit, la langue est le véhicule d'une culture, d'une société et d'une façon de vivre. Elle est le principal véhicule de l'âme québécoise et de son caractère distinct. Reconnaître l'enjeu de la langue française c'est aussi reconnaître la présence d'une société distincte au Canada et cela, je doute fortement que le gouvernement de Justin Trudeau soit capable de renier l'héritage de Pierre Elliott Trudeau malgré les bonnes volontés de Mélanie Joly.

Le Québec doit montrer la voie

C'est pourquoi le projet de loi que doit déposer le ministre de la Justice et responsable de la langue française dans le gouvernement Legault, Simon Jolin-Barette est fondamental. Il doit être le navire amiral de la protection de la langue française. De nombreuses questions se posent à nous devant les menaces qui guettent notre langue. Par exemple, il est impérieux que l'on assujettisse à la loi 101 les corporations sous charte fédérale comme les banques et Air Canada. Il faut aussi imposer le français comme langue de travail. On comprend que dans un monde globalisé l'usage d'une ou de plusieurs langues sont nécessaires et essentielles, mais dans la majorité des cas ce n'est pas vrai que l'on doit exiger le bilinguisme pour occuper un emploi à Montréal. Il faut sensibiliser à nouveau nos concitoyens anglophones de Montréal sur l'importance de leur adhésion au français pour nous assurer de la pérennité de la langue de la majorité. Cela signifie par exemple qu'ils doivent renoncer à grossir les rangs de leurs écoles, leurs collèges et leurs universités avec des francophones afin d'en assurer l'avenir. Il faut aussi que l'on soit intraitable dans les dispositions concernant l'affichage. Au Québec, c'est en français que cela se passe et le mot doit être passé à toutes et tous.

Les défis qui attendent le gouvernement Legault sont immenses quant à une nouvelle loi 101 renforcée et adaptée au goût du jour. Les pressions seront énormes de part et d'autre. La collectivité anglophone regimbera probablement comme elle l'a fait jadis lors de l'adoption en 1977 de la loi 101par le gouvernement péquiste de René Lévesque. Il ne faudrait pas que l'on recule, car l'avenir de la nation québécoise française d'Amérique est en jeu. C'est de notre survie en tant que nation dont il s'agit.

Les contrecoups appréhendés

Bien sûr, cela ne se fera pas sans heurts. Malgré les apparentes bonnes dispositions du gouvernement fédéral pour affirmer le fait francophone à Montréal, ailleurs au Québec et au Canada, il ne faut pas s'attendre à un miracle de la part du gouvernement de la capitale du « traduidu » selon les mots du poète Gaston Miron. Le concept du « traduidu » signifie, dans le débat sur la qualité de la langue française au Québec, principalement dans l'espace public que le français devient une langue dévitalisée, exsangue, réduite à des formes lexicales et syntaxiques calquées sur celles d'une autre langue. À l'image de ce que vivent nos compatriotes de la langue française ailleurs au Canada.

Il y aura beaucoup de voix qui s'élèveront pour s'opposer à toute législation qui voudra renforcer la présence du français au Québec et surtout à Montréal. On entendra une fois de plus la voix de ces guerriers des droits et des libertés individuelles rappeler comment ce petit groupe de francophones est xénophobe, antidémocratique et allergique à la diversité. Les mêmes voix qui s'opposent ces temps-ci à la loi sur la laïcité. Une fois de plus, nous serons assimilés à des racistes et que sais-je encore. Tout cela parce que l'on refuse de reconnaître la présence d'une nation française en Amérique du Nord. Une nation qui sans avoir le statut de pays n'en est pas moins une collectivité nationale à part entière. Ce qui signifie que ce statut lui donne le droit de légiférer dans les sphères qui fondent son caractère distinct.

La langue française permet de faire société

Cela donne tout son sens aux paroles d'Yves Duteil qui écrivait : « C'est une langue qui sait se défendre, elle offre des trésors de richesses infinies, les mots qui nous manquaient pour pouvoir nous comprendre et la force qu'il faut pour vivre en harmonie... » C'est là toute la richesse d'un vivre-ensemble en français pour nous et pour tous ceux que nous avons accueillis. La langue française est le liant qui nous permet de faire société ensemble. Ce qui justifie que nos gouvernements doivent légiférer pour en assurer la pérennité.

La langue française au Québec est notre joyau. Nous devons la protéger dans un écrin blindé aux conjonctures du moment. Nous devons en faire la promotion et la défendre tous les jours. Chacun de nous doit en devenir l'ambassadeur. La langue française c'est notre combat, et le combat de toutes les Québécoises et de tous les Québécois. Il faut se porter à la défense de la langue belle et dire haut et fort ICI, ON PARLE FRANÇAIS...



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