Vous connaissez probablement déjà Internet Archive, un service unique au monde grâce auquel, la connaissance humaine est en train d'être archivée dans des serveurs californiens avec copie miroir à la mythique bibliothèque d'Alexandrie. Par-delà la beauté et la grandeur d'une telle mission évaluée en pétaoctets (Po), il est une dimension qui me turlupine, une dimension que mon misérable cerveau tente désespérément d'imaginer : c'est gros comment, un Po ?
Pour ce qui me reste de matière grise, c'est un peu comme essayer de visualiser la dette américaine que l'on dit barboter dans les 14,3 billions (ou « trillions » en anglais étasunien). Il appert qu'Internet Archive stocke plusieurs Po d'information (je n'ai pas trouvé de chiffre récent dans Google) dont la moitié provient de la Wayback Machine, services inouïs dont le rôle est de cumuler des copies de pages de dizaines de millions de sites Web et de les conserver bien au chaud.
Ainsi, si vous vous rendez à la page d'accueil et que vous tapez l'adresse URL de mon site, nelsondumais.com, vous aurez droit à des représentations qui remontent jusqu'à 1998 (si la plupart des images et des liens n'y sont plus - il y a belle lurette que j'ai nettoyé mon serveur - et si le HTML est un peu croche, l'allure y est; on voit à quoi je m'intéressais alors).
Or, ladite Wayback Machine contiendrait plus de 2 Po et croîtrait à un rythme mensuel de 20 téraoctets (To). J'en déduis qu'Internet Archive pourrait représenter, ce matin, une masse d'archives d'environ 5 Po et peut-être plus. Ouf, 5 Po ! Pas évident ! Même quand on me dit qu'un Po équivaut à 20 millions de classeurs à quatre tiroirs gavés de textes ou à 13,3 années de programmation en TV-HD ou à 58,3 films numérisés ou au vingtième des données transigées par Google sur une base quotidienne ou au cinquantième de tous les ouvrages écrits en toutes langues par les humains depuis les débuts de l'humanité.
Comprenez-moi. Quand j'ai commencé en journalisme techno, la capacité normale des supports informatiques que je croisais dans mon quotidien s'évaluait en kilooctets (Ko). Par exemple, en 1984, le système d'exploitation de mon Mac, mes logiciels de bureautiques et mes données récentes tenaient sur une disquette de 400 Ko. Aujourd'hui, le dossier Windows de mon PC occupe 24,4 gigaoctets (Go) à lui seul et mes disques durs font dans le 1, 1,5 ou 2 To. Entre ces deux époques, la capacité a été calculée en mégaoctets (Mo). En français de tous les jours, les kâs sont devenus des mègs et les mègs, des gigs.
À partir de ces mesures que j'ai finies par comprendre au bout d'une trentaine d'années de rappels quotidiens, je me suis risqué à vous produire la « synthèse extrapolée » que vous apercevez sur le tableau ci-contre. Les premières dates correspondent à mon vécu et les dernières suivent la « tendance », celle des bonds de dix ans que j'ai observés chez moi (aucune valeur scientifique). Pour les non-initiés, je rappelle qu'un octet signifie 8 bits et qu'un bit correspond au choix entre 0 et 1.
Ce pour dire qu'après les téraoctets (10 à la 12e), il y a aujourd'hui les petaoctets (10 à la 15e), comme il y aura, si la planète tient le coup, les exaoctets (10 à la 18e), suivis des zettaoctets (10 à la 21e), des yottaoctets (10 à la 24e), des xonaoctets (10 à la 27e), des wekaoctets (10 à la 30e) et autres vundaoctets (10 à la 33e). Surviendront-ils tous les dix ans ? Je ne le crois pas. Il est probable que cette évolution s'accélérera à la suite de l'intégration, actuellement en cours, du divertissement multimédia dans les arcanes informatiques.
En ce sens, il est probable que le ou la plus jeune parmi nous connaisse l'ère du vundaoctets (ce que je lui souhaite de tout mon cœur). Mais pour nous qui affichons un certain vécu, il va nous falloir nous contenter d'imaginer en rêve, la seule victoire possible sur le temps, soit-dit en passant, ce que pourra signifier une puce (implant sous-cutané ?) de 1,5 vundaoctets.
Seigneur !