Dans les commentaires faisant suite à ma chronique de vendredi, il y avait un défi lancé par Maxime Girard. « 700 $ en argent « Canadian Tire » si tu peux faire une chronique complète en alexandrin », me bravait-il, malgré une mise en garde documentée du sieur Vazimollo. J'ai beau être en vacance, le petit bum que j'étais s'avère encore bien vivant dans les recoins de ma pratique quotidienne.
Ainsi, quand on m'assène une phrase qui commence par « t'es pas game de ... », je me sens encore obligé de donner suite. Voilà pourquoi plus personne ne m'invite à des partys de Noël d'entreprise.
Écrire une chronique en alexandrins prend du temps. Ce n'est pas compliqué, c'est seulement long, très long. Faut mesurer, gosser dans les synonymes, accorder, etc. Or, ces temps-ci, je n'ai pas une minute à moi, même si, je le répète, je suis en vacances. Si je cède à l'écrivaillante tentation, si l'avidité m'enlève toute raison devant la cagnotte de 700 $ Canadian Tire, je vais vraiment me placer dans une situation intenable.
Ainsi, je vais trancher la poire en deux. Voilà : je vais faire mon deuil des 700 $, par contre, je vais publier, ci-après, ma chronique du 4 mars 2008, laquelle avait été écrite en alexandrins. Je m'en sors peut-être aussi pauvre qu'avant, mais mon honneur de tête brûlée est sauf !
Le titre pourrait être Alexandrins pour un accro !
Grattant fonds de tiroirs, recyclant cannettes,
Mettant au clou toute possession de valeur,
Vendant sur eBay souvenirs et bobettes,
Empruntant tout l'argent non trouvé à sa sœur,
Jean s'acheta un PC noir comme corbeau,
Superbe comme chat-huant, fort comme ours,
Vif comme lièvre, discret comme étourneau,
PC devenu drogue en moins de deux jours.
Lui qui aimait tant l'exercice en plein air
Et qui détestait tout sous-sol mal éclairé
Et mal oxygéné, ce qui allait de pair,
Il s'était maintenant de la vie retiré.
Splendeur redoutable que cette machine.
Fenêtres translucides, effets amusants,
Fonctions et boutons imaginés en Chine,
Gugusses, machins et gadgets désopilants.
Évidemment, le système était Vista,
Une patente mal aimée et peu prisée,
Qu'on lui vendit quand même, tant il insista,
Et qui en fit, de tous ses amis, la risée.
Une fois son antivirus dûment installé,
Puis un anti pourriel et un anti espion,
Jean commença à paraître moins emballé,
Cheminant vers une possible déception.
Imprimante, Webcam et scanneur raccordés,
Avec force pilotes cachés tout partout,
Les gossages WiFi à peine abordés,
La vitesse d'avant n'y était plus du tout.
Les collections de MP3 téléchargées,
eMule, LimeWire et iTunes bien en place,
Ce fut désillusion en petites gorgées,
Vista laissait Jean maintenant tout de glace.
«Mon parent, que voilà méchantes réguines !»
Dit un jour un beau-frère au regard baveux.
«Ton système pris dans la graisse de binnes !
Je pourrais te l'accélérer, si tu le veux !»
«Et comment t'y prendrais-tu, mon Jos-Connaissant ?»
Lui répondit Jean, le cœur plein de frustrations.
«Tu connais fichtre rien et, soit dit en passant,
Ce gros PC ne m'a donné que déceptions.»
«Bien, on commencerait par tout reformater,
Puis, peut-être, c'est XP qu'on installerait.
À moins qu'avec Linux l'on puisse t'appâter;
SuSE, Ubuntu, Red-Hat, grand bien te ferait.»
«Linux, c'est la vraie liberté, l'ouverture,
L'affranchissement, la grande communauté !
Fi de Vista ! C'est la grande aventure,
Avec la conviction d'être bien réseauté.»
À ces mots, Jean fut empli d'enthousiasme.
Mais voyant le teint verdâtre de son frère
Qui illustrait le triomphe du miasme,
Il lui adressa plutôt cette prière.
«Toi dont l'ordinateur file comme l'éclair,
Toi pour qui Vista s'avère mauvais produit,
Tu me vantes un concept pour moi pas trop clair,
Alors que de la mort ton teint est tout enduit.»
«Ton Linux et sa philo, ce n'est pas la vie,
Mais un vice qui tue l'homme tout doucement.
Ton PC, tu l'aimes et rien ne t'en dévie.
Le monde, c'est ton écran, jamais autrement.»
«À cause de Vista, mon ordi m'enrage.
Je quitte donc ma cage pour m'adonner aux sports,
Pour la plus grande joie de mon entourage
Qui m'aiment mieux chez les vivants que chez les morts.»
«Toi le beauf, tu prends mousse au lieu de vivre.
Moi, à cause de Vista, j'haïs mon ordi.
Je le fuis et, de la nature, m'enivre.
Bonne chance, vieux, je te trouve bien hardi !»
Excusez-la !
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Nelson Dumais - www.nelsondumais.com