Photo truquée par le soussigné dans Photoshop.
Quand on observe le marché fou à lier du téléphone intelligent, un parallèle amusant saute aux yeux. Ainsi, on pourrait dire que la situation qui incombe présentement à la fabricante du BlackBerry, la société ontarienne Research In Motion (RIM), ressemble à celle que vit ces temps-ci le Parti Québécois de Pauline Marois ou, à moindre échelle, à la raclée qu'a subie dernièrement le Bloc Québécois de Gilles Duceppe.
Rappelons-nous certains faits. Rarement dans l'histoire du Québec, un homme politique a connu une popularité aussi faible que l'actuel premier ministre Jean Charest. Tout l'accable et, sans oser le comparer à son homologue italien Sylvio Berlusconi, on le soupçonne d'avoir beaucoup à cacher. C'est à un point tel qu'advenant des élections, l'opposition serait en mesure de balayer le Québec et de réduire le Parti Libéral à sa plus simple expression.
Le problème, c'est que depuis la fin de l'hiver, le Parti Québécois gaffe en rafale et se discrédite un jour à la fois dans l'opinion publique. Résultat, il perd son capital de crédibilité et, faute d'appui populaire, se retrouve en situation d'être incapable de ramasser la succession. Il semblerait qu'à force de se tirer dans les pieds, les électeurs fuient; ils ne choisiront pas un canard boiteux pour remplacer l'oiseau qu'ils ne veulent plus voir. Par contre, les sondages d'opinion indiquent qu'un nouveau venu sans fric ni parti, la Coalition pour l'avenir du Québec de François Legault, pourrait tout rafler à sa place; disons qu'elle se trouve au bon moment à la bonne place.
Cela ressemble aux élections fédérales du 2 mai dernier où le NPD, une formation étrangère aux habitudes québécoises, bien que sociale-démocrate, a récolté 80 % des sièges au détriment, d'abord et avant tout, du Bloc Québécois. Au lieu de canaliser leur opposition aux valeurs conservatrices néo-libérales de Steven Harper par le truchement du Bloc, cette bonne vieille façon de faire les choses, les Québécois ont massivement choisi de la faire sous l'oriflamme de Jack Layton (photo ci-haut), le chef canadien du NPD.
Dans les deux cas, celui du PQ et du BQ, le projet politique de base, celui de la souveraineté du Québec, en a pris pour son rhume.
Passons aux téléphones intelligents. Maintenue sur son trône d'alternative éprouvée, fiable, établie, sécuritaire, documentée et sérieuse au produit dominant que fabrique Apple, un produit, croit-elle, que l'on déteste à faire de l'urticaire (1), RIM semble avoir perdu pied. Pire, on dirait qu'elle est en voie de vivre un Waterloo, pour citer le nom de cette lointaine banlieue de l'ouest torontois où elle a pignon sur rue. En un mot, elle se retrouve en situation de ne pouvoir jouer son rôle de successeure à l'hégémonie du iPhone.
Depuis le début de l'année, les mauvaises nouvelles ne cessent de caractériser ce fleuron industriel canadien: lancement du Bold 9900, un appareil porteur d'espoir, reporté à l'automne 2011, quatre autres bidules sous BlackBerry OS 7 retardés jusqu'en novembre, déceptions en ce qui a trait au PlayBook (lancement un peu raté, rappel subséquent d'unités vendues, ventes modestes), rumeurs de retard concernant la nouvelle gamme d'appareils sous plate-forme QNX devant être lancée avant l'été 2012, etc.
Il y a donc défection. Pas de sa base de fidèles, des utilisateurs souvent corpos qui, bien souvent, n'ont d'autre choix que d'utiliser ce que leur employeur leur fournit. Cela vient de la masse de nouveaux usagers. Ces gens pourtant essentiels à l'engrangement de belles parts de marché, ce qui pourrait déculotter la Pomme de Cupertino, ne se pointent pas dans les tourniquets de RIM. Ils vont consommer ailleurs. Et où vont-ils ? Chez Android (Google) pour le plus grand bonheur de Samsung et d'HTC (2).
C'est d'autant plus navrant que Nokia (Symbian), l'ancien no 1, a tout perdu et en qu'il en aura pour une grosse année avant de redevenir un « tipeu » menaçant, cette fois avec le Windows Phone 7 de Microsoft. On aurait pourtant été en droit de s'attendre à ce que ce marché temporairement disponible ait été accaparé en bonne partie par une RIM à la dent creuse qui recherchait une occasion en or pour ne plus jamais jamais paraître aussi corpo. Mais non. Apple et Android l'ont fait sans se poser de questions. Quel ex-utilisateur de Symbian voudrait d'un appareil d'affaires, entendre « non cool », pour remplacer son bidule ?
Tout cela pour dire qu'avec l'actuelle misère de RIM, l'alternative d'un appareil éprouvé, fiable, établi, sécuritaire, documenté et sérieux vient d'en prendre pour son rhume (3).
Voilà pour mon parallèle de ce matin. J'attends vos tomates !
(1) Pas moi, les ceuze qui haïssent Apple, ses pompes et ses œuvres.
(2) Selon Anil Doradla, un expert pour le compte de la firme de recherche William Blair, RIM ne fait plus partie du trio des meilleurs veneurs chez les grands fournisseurs étasuniens de service. Chez Verizon et AT&T, Apple, HTC et Samsung occuperaient les trois premières places, tandis que chez Sprint et T-Mobile, réseaux où Apple n'est pas revendue, ce serait Samsung et HTC.
(3) Je ne dis pas que le iPhone n'en est pas un quoique des mauvaises langues insinuent que le BlackBerry l'est davantage ...
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Nelson Dumais - http://www.nelsondumais.com/