À plusieurs occasions, il m'est arrivé de critiquer le réseau français de la SRC pour son service de télévision par Internet. Pour tout dire, c'est un sujet qui arrive parfois à me pomper l'air. Cette entreprise est publique et l'information qu'elle télédiffuse en langue française est de très grande qualité, ce qui la situe dans une classe à part au Canada. Mais parfois, elle me fait rager. J'ai déjà déploré en ces pages que son système fonctionnait mal avec autre chose que des produits Microsoft, qu'il ne marchait pas sous Linux, que le signal reçu était fluctuant et de piètre qualité.
Mais pour être honnête, il faut avouer qu'avec le temps, une partie des problèmes semble avoir été réglée. En 2011, le Mac n'est plus un ennemi et la qualité des images est devenue acceptable. Après vérifications, je ne dis plus que c'est inférieur à ce que, du côté anglais, nous offre la CBC, sauf exception. Ce que je déplore, c'est que les gens comme moi, ceux dont la télé à oreille de lapin ne fonctionne plus pour cause d'éloignement, ne peuvent être informés en direct par Internet.
Je vous rappelle qu'en gros, le secteur français de la SRC offre deux chaînes télévisées, le service de base, alias Radio Canada Télévision, et RDI, la chaîne d'information en continu. Dans les deux cas, il est normalement possible de se faire jouer des clips reprenant certaines émissions ou certaines parties d'émissions, par exemple des reportages passés au Téléjournal.

Mais pour le direct, c'est généralement impossible. J'ai beau être informé de façon satisfaisante à la radio de la SRC (ici, chapeau !) et, dans l'ensemble, ne rien manquer, il arrive que j'aime pouvoir suivre un événement à la télé. Hélas, il me faut normalement attendre que les autorités décident de placer l'émission (ou le clip) en ligne, ce qui n'est pas l'idéal quand on veut suivre un événement. À moins que je ne trouve ce qui m'importe ailleurs, en direct, incluant sur Al Jazeera, une chaîne elle aussi de qualité.
Radio Canada Télévision agit ainsi, semble-t-il, pour des raisons de droits. Si son signal est gratuit et ouvert par antenne, il ne l'est pas par Internet. Quant à RDI, c'est encore pire. Ce service n'a jamais été gratuit. Il a toujours fallu payer un câblodistributeur pour pouvoir en bénéficier. La logique semble la même sur Internet et, de toute façon, certains câblodistributeurs convergents veillent au grain.
Évidemment, il y a l'exception de l'étranger. Si on syntonise RDI à partir d'un serveur IP situé à l'extérieur du Canada, ça marche. Ainsi, les Snow Birds de la Floride et nos cousins de l'Hexagone ont ce privilège. D'où le discutable bricolage que je vous ai déjà expliqué, c'est-à-dire le recours à un serveur mandataire (proxy) européen.
Malheureusement, ce passe-passe ne fonctionne plus depuis jeudi dernier. Comme vous pourrez le lire plus bas, j'ai commencé à éprouver des difficultés le soir du Débat des chefs en français et depuis, plus rien ne fonctionne. J'ai communiqué avec notre ami « viva_zapata » alias « le piano ivre », qui nous avait fourni ce truc, mais il m'a dit être dans la même situation que moi.

Je pourrais évidemment m'acheter un téléviseur et payer Québécor ou Bell pour pouvoir syntoniser la télé publique et sensément gratuite, mais poser un tel geste m'horripilerait. De toute façon, ça ne m'intéresse pas. Chez moi, nous ne sommes pas téléphiles. Quand nous vivions à Montréal, nous pouvions compter sur une vieille télé couleur des années 80 qui disposait d'une antenne intérieure (oreilles de lapin). Ici, ce n'est plus possible.
D'où la lettre qui suit, missive laissée sans réponse, que j'ai fait parvenir la semaine dernière à Radio Canada au lendemain du Débat des chefs en français.
| Bonjour,
Je suis journaliste techno et j'aimerais expliquer à mes lecteurs le pourquoi du comment d'un truc bizarre vous concernant qui s'est produit hier soir. Pour que vous compreniez ma question, voici d'abord deux petits détails me concernant.
Primo, je fais partie de ceux qui n'ont pas la télé. Depuis trois ans, j'habite un endroit où la captation par oreilles de lapin ne fonctionne pas et comme, avant, je ne regardais que certaines émissions d'info, j'ai décidé de me débrouiller par ordinateur. Et, grosso modo, j'y arrive.(1)
Secundo, vous avez fait en sorte que pour regarder RDI en direct sur un ordinateur, il faut vous déjouer en passant par un service étranger. C'est votre droit et tant pis pour ceux qui ne sont pas débrouillards. Personnellement, je me sers de Peer2Me, un système européen gratuit qui fait croire à vos serveurs que je capte RDI à partir de la France. Dans l'ensemble, quand je veux voir un truc important sur RDI, je démarre ce service et je vois ce que j'ai à voir. C'est pour moi techniquement acceptable, bien que socialement déplorable. (Lire le 5e paragraphe de cette chronique-ci).
Ainsi, pour regarder le Débat en anglais mardi soir dernier, je me suis connecté sans aucun artifice à la CBC qui, elle, ne bloque rien (2). Ensuite, pour entendre vos analystes sur RDI, je m'y suis connecté en passant par Peer2Me. Effectivement, tout a bien fonctionné.
Mais hier soir, j'ai voulu capter le Débat en français et ce fut une tout autre histoire. J'ai éprouvé des ennuis dont j'aimerais que vous m'expliquiez la cause.
À 19 h 30, je me suis connecté à RDI en direct en passant par la France via Peer2Me. Tout a été parfait jusqu'à ce que Patrice Roy ne cède l'antenne aux deux animateurs du débat. Là, paf!, ce fut un écran vide. Et il en fut ainsi jusqu'à 22 h et des poussières alors que RDI redevint disponible.
Pour suivre le débat, j'ai dû fermer Peer2Me, me connecter à la CBC, syntoniser le débat, fermer le son de l'ordinateur, ouvrir la radio au 95,3 FM et subir le délai de cinq ou six secondes entre la vidéo et l'audio, ce qui m'apparaissait moins achalant que la traduction simultanée. Bref, j'y suis quand même arrivé.
Maintenant, ma question : Est-ce une coïncidence ou est-ce voulu que pendant l'exacte durée du débat, le signal de RDI n'a pas été disponible aux utilisateurs de Peer2Me (je ne suis sûrement pas le seul) ? Si c'est voulu, pourquoi ? (3)
Merci de me revenir avec une réponse.
Nelson Dumais
(1) Ici, j'ajoutais que c'était mieux à la CBC, mais je n'en suis plus certain. (2) J'aurais dû écrire « ne bloquait pas le signal à ce moment ». (3) J'ajoutais ici un paragraphe de félicitations sur l'excellence de leur information.
|
Finalement, la question que je pose est la suivante. Si les gens peuvent capter Radio Canada gratuitement par antenne privée (oreilles de lapin, antenne extérieure, adaptateur numérique, etc.), si les ordi/tablettes/bidules sont en train de jouer un rôle accru dans la consommation multimédia des Canadiens, pourquoi pénaliser ceux qui préfèrent s'informer par une machine branchée sur Internet haute vitesse ?
-
Nelson Dumais - www.nelsondumais.com