Le
Canada et le Québec se sont engagés en 1976 à respecter, protéger
et mettre en œuvre le droit d'avoir accès à un logement adéquat
en signant le Pacte international sur les droits économiques,
sociaux et culturels.
Par contre, encore aujourd'hui, ce droit n'est
toujours pas respecté selon le FRAPRU et l'Association des
locataires de Sherbrooke.
Afin
de faire bouger les choses au niveau gouvernemental, le FRAPRU a mis sur pied la Commission
populaire itinérante sur le droit au logement en 2012. Celle-ci a eu
comme mandat de produire le rapport Urgence
en la demeure. L'objectif
de cette Commission était d'écouter, de rendre compte et de faire
le point sur la mise en œuvre du droit au logement au Québec. Pour
ce faire, la Commission s'est promenée l'année dernière dans 17
régions administratives afin d'organiser 19 audiences publiques.
Elle s'est arrêtée à Sherbrooke en novembre 2012 afin de connaître
les besoins locaux.
Voici
les principales conclusions de ce document pour l'Estrie :
- 38 % des Sherbrookois gagnent un faible revenu
- Plusieurs familles font face à plusieurs résiliations de bail pour
non-paiement par manque de moyens financiers
- On observe beaucoup de cas de discrimination
- Manque de logements sociaux (3 % du parc d'habitation à
Sherbrooke sont des logements sociaux et aucune nouvelle habitation à
loyer modique (HLM) n'aurait été financée au Québec depuis
janvier 1994)
- 5 600 ménages à Sherbrooke allouent plus de 50 % de leur
budget au logement
- Problème d'accessibilité au logement social (cinq ans d'attente)
- 2 000 Sherbrookois vivent dans des appartements insalubres.
«
Le loyer mensuel moyen pour une chambre est de 466 $ à
Sherbrooke. La prestation mensuelle de base de l'aide sociale atteint
604 $. Le loyer représente donc 77 % du revenu, alors que la
norme est de 30 %. 1 300 familles à Sherbrooke sont sur la
liste d'attente de l'Office municipal d'habitation pour entrer dans
un HLM, mais cela fait 20 ans qu'on ne finance plus de type de
logements. Beaucoup de personnes ne s'inscrivent pas à l'Office
parce qu'ils sont convaincus qu'ils n'y auront jamais accès. On voit
encore aujourd'hui des répercussions de la crise de logement de 2002
à 2005 sans compter que la fin des subventions fédérales aux
logements sociaux en 2015 risque d'aggraver la situation », explique
Normand Couture, porte-parole de l'Association des locataires de
Sherbrooke. « On reçoit des appels de personnes qui ne sont plus
capables de payer leur loyer chaque jour : une mère qui n'a pas
assez d'argent pour nourrir son enfant, une femme qui se prostitue à
l'occasion avec son propriétaire pour payer son loyer... »,
ajoute-t-il.
Dans
le but de pallier ces problèmes, le rapport recommande
l'accélération de construction de logements sociaux (300 unités à
Sherbrooke par année, et ce, pendant cinq ans), un plus grand
investissement de la part des trois paliers gouvernementaux, la
bonification substantielle des mesures de protection sociale, la
révision du mandat et de la gestion de la Régie du logement,
l'adoption d'une politique nationale du logement par le gouvernement
québécois et l'inclusion du droit au logement dans la Charte
québécoise des droits et libertés.
Crédit photo : David Grégoire