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CHRONIQUEURS /
Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 14 novembre 2011

L’U de S, le Coq rôti et 1949…


14 novembre 2011

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Petit, je me souviens bien que mon rêve (le plus fou, même, à un certain moment...) était de travailler, dès que je serais assez grand, au Roi du Coq Rôti. Je connais encore par cœur le numéro de téléphone. Je me souviens de la voix - pas souvent mélodieuse- qui déclamait, après trois sonneries : « Coq Rôti, bonsoir, un instant s'il vous plaît ». Puis, un clic venait vous couper le souffle, celui-là même qui allait rendre audible ma commande si précieuse.

Travailler au Coq Rôti... À sept ans, alors que manger du Coq était l'ultime gâterie à la maison (ex aequo avec le spaghetti de ma mère, je dois dire...), c'était un rêve presque plus gros que la vie, comme le disait Jacques Demers quand il qualifiait le Canadien de Montréal.

Plus tard, mes parents m'encourageaient, autant qu'ils le pouvaient, à grimper la côte qui allait me mener sur la colline du haut savoir, l'Université de Sherbrooke. J'ai obéi. Quelques sessions seulement. Trois, il me semble. Puis, tout en fredonnant la chanson Take the long way home, de Supertramp, je prenais le chemin de ma vie professionnelle. Sans diplôme. Je n'ai pas regretté mon choix. Ou peut-être que si... La vérité, c'est que je ne suis pas bâti pour regarder trop longtemps dans le rétroviseur. Alors, moi, les regrets, vous savez...

Vendredi dernier, ces deux souvenirs des années passées se sont rejoints dans ma tête. J'apprenais que les chances de règlement dans le long conflit au restaurant le Roi du Coq Rôti étaient très bonnes. Et que le syndicat des employés de soutien de l'Université de Sherbrooke misait sur une entente prochaine dans leur conflit.

C'était le 11 novembre 2011 : jour parfait pour se souvenir...

Je me suis demandé, à ce moment précis, si les propriétaires du Roi du Coq Rôti se souviennent de leur motivation profonde à vouloir écrabouiller des travailleurs pendant trois ans... Se souviennent-ils seulement ce qui motivait ce geste que je considère comme la plus extraordinaire démonstration d'entêtement qu'il m'ait été donné de rencontrer.  Honnêtement, je ne saisis toujours pas. C'est contre toutes les règles du bon sens et des affaires que de se retirer des affaires pendant trois ans pour revenir et réinvestir massivement pour tenter de regagner les parts de marché que le commerce possédait. Tout ça pour quoi, 1 dollar, 2 dollars de l'heure?

Je me suis aussi demandé si le permanent syndical représentant les employés de l'Université de Sherbrooke se souvient, de son côté, qu'il y a des calculs à faire pour évaluer le risque qu'on court en allant en grève. M. Murray est très rétro dans sa façon d'aborder les négociations. On l'a bien vu dans le dossier des cols bleus de la ville de Sherbrooke. Il a des manières des années 70, je dirais. En 2011, ça fait un peu déplacé. Et puis, douze semaines de grève, ça se récupère en combien de temps? Combien faut-il obtenir pour réaliser un gain net après cinq ans?

Le jour idéal pour se souvenir...  Je me suis rappelé le conflit de 1949, à Asbestos. Des travailleurs qui risquaient leur santé pour un employeur qui abusait d'eux. Dans ce contexte, aucun calcul ne tenait la route. Il fallait réagir. Pour les droits fondamentaux des travailleurs, pour leur santé. Et pour les générations à venir. La semaine dernière, j'ai entendu un travailleur de l'université affirmer qu'il faisait la grève aussi pour les générations à venir. C'est dommage, mais le modèle économique actuel ne nous permet pas de penser que les conditions ne changeront pas pour les générations à venir. Si c'est ça, le combat, il est vain, à mon sens.

2011 ne ressemble en rien à 1949. Nous n'en sommes plus aux revendications qui garantissent un minimum de sécurité sur les chantiers. Les conditions de travail, en 2011, justifient-elles les injures sur les affiches? Tiens, il serait peut-être temps de créer une chaire de recherche sur la justification des conflits de travail, Et, pourquoi, sur l'éthique dans ces conflits.

C'est peut-être moi qui suis dans le champ, mais il me semble que, tant du côté des propriétaires du Roi du Coq Rôti que des syndiqués de l'Université de Sherbrooke, il serait temps de réfléchir au concept de choisir ses combats.

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Dernière heure : le Roi du coq Rôti rénovera avant d'ouvrir. Eh, bien! Fini le nostalgique voyage dans le temps que me procuraient ces céramiques colorées des années 70 et ces poissons empaillés qui habillaient les murs... Presque dommage...

Clin d'œil de la semaine

Les syndiqués nous offriront bientôt le quart du chef... après avoir longtemps souhaité se farcir le corps du chef.


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